Frans de Waal appliqué aux poules, ou l’empathie selon Grosse Cott

Publié le par lesbiodiversitaires

L'âge de l'empathie De WaalTous ceux qui s’intéressent au comportement animal – mais aussi au comportement humain – devraient avoir lu un ouvrage de Frans de Waal. Ce psychologue et primatologue, directeur du Living Links Center au Yerkes National Primate Research Center à Atlanta, a non seulement des idées et des anecdotes passionnantes, mais aussi une écriture accessible qui rend la lecture de ses ouvrages très agréable.

Dans son fameux livre Le singe en nous, il montrait des parallèles réjouissant entre les comportements des singes et les nôtres. Après cette lecture, pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines, impossible de croiser ses proches ou ses collègues sans que leur côté « simiesque » ne saute aux yeux !

Dans son dernier ouvrage, L’âge de l’empathie, leçons de nature pour une société solidaire (Les liens qui libèrent, 2009), ce chercheur explique comment l’empathie n’est pas une caractéristique seulement humaine, puisqu’on peut l’observer aussi chez les animaux. Chez les singes, les dauphins, les éléphants ou les chiens, cela saute aux yeux. Le chercheur pense que l’empathie existe aussi chez les baleines, mais vu la taille de la bestiole, pas évident à expérimenter… Selon lui, l’homme comme les animaux sont capables de la pire agressivité, mais également de moments de bonté gratuite, qui dépassent parfois le cadre de leur propre espèce.

Tous ceux qui ont un chien savent que s’ils ont du chagrin, l’animal ne sera pas insensible à leurs pleurs, venant poser son museau sur leurs genoux, donnant des coups de nez et de langue. De Waal n’en parle pas, mais les cavaliers savent aussi à quel point les chevaux décryptent facilement leur humeur. Tous ceux qui vivent près des animaux ont des anecdotes de ce genre à raconter, mais en matière d’empathie, on a souvent peur de faire de l’anthropomorphisme, de trop interpréter, de confondre nos émotions et celles de l’animal. Pourtant, désormais, des expériences scientifiques démontrent de façon claire que certains animaux en sont capables.

 

Et les poules alors ?

De Waal ne les évoque pas. Il parle un peu des oiseaux, surtout des corvidés et des perroquets - oiseaux super-intelligents - mais la majorité de ses exemples tournent autour des mammifères très intelligents et très sociaux, les plus à même d’éprouver de l’empathie, ceux aussi chez qui elle est le plus facile à expérimenter.

Son livre date de 2009 et c’est seulement en mars 2011 qu’une étude émanant de l’Université de Bristol assure que les cocottes elles-mêmes seraient capables d’empathie : leur cœur s’accélère à la vue d’un congénère souffrant ou de leurs poussins en situation délicate…

Bien sûr, l’empathie des poules ne serait pas si évoluée que celle des dauphins ou des grands singes… Mais elle existerait, à son niveau.

 

têtes poules landaisesQuelques anecdotes de poulailler

Un comportement toujours surprenant, c’est de voir, quand l’une des poules couve, une seconde poule qui vient se placer à côté d’elle et peut rester là pendant des heures, sagement, sans couver. On dirait une « assistante en couvaison ».

 

Notre plus vieille poule, Grosse Cott, ne pond plus, elle a du coup moins faim que les autres. Quand elle est rassasiée, elle appelle alors les autres poules quand elle trouve quelque chose de bon à manger et émiette le butin avec son bec comme une mère nourrissant ses poussins ou comme un coq appelant ses poules.

 

Plus étonnant, alors qu’elle jouait ce printemps « l’assistante couvaison » avec une poule en train de couver, et que nous arrivions près du nid, occasionnant un dérangement pour sa consœur, Grosse Cott fit mine plusieurs fois de nous émietter de la nourriture et de nous en offrir, poussant ses petits gloussements caractéristiques du don de la nourriture chez la poule.

 

Autre anecdote, quand on sort du poulailler une poule qui couve, pour qu’elle aille boire et s’alimenter, et que cette dernière, à moitié ankylosée par la couvaison, ne bouge pas sur le sol, un peu hagarde, il n’est pas rare qu’une autre poule vienne lui donner quelques coups de becs "doux" (comme la mère poule fait parfois à ses poussins), comme pour la stimuler un peu. Une fois que la couveuse se lève et s’ébroue, l’autre poule se désintéresse d’elle et reprend ses activités.

 

Enfin, la capacité d’adoption réciproque de Grosse Cott et de deux jeunes orpingtons déjà emplumées et ayant été élevées en couveuse artificielle, au printemps dernier, n’est pas non plus sans faire réfléchir. Que Grosse Cott, ayant perdu son poussin, soit prête à adopter le premier poulet qui passe, c’est un peu étonnant, mais on peut mettre cela sur le compte des hormones… Mais que les deux petites poulettes déjà bien indépendantes et n’ayant jamais eu de mère (et n’en ayant plus besoin) soient également prêtes à tisser ce lien, allant dormir dans les ailes de leur mère adoptive, c’est déjà plus surprenant.

 

Nous n’avons pas d’explications à tous ces comportements. On comprend fort bien qu’il est plus excitant pour les chercheurs d’étudier les grands singes ou les dauphins, pour lesquels tant de choses restent encore à découvrir. Mais nous sommes persuadés que plus on étudiera le comportement des oiseaux (et donc des poules), plus on découvrira, comme l’Université de Bristol l’année dernière, qu’ils sont bien plus riches et complexes qu’on ne le pense.

 

Encore une bonne raison pour ne pas manger de poulet industriel !

 

 

bisou de vache ER

Publié dans Biodiversité sauvage

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Pâquerette 17/05/2012 19:35

Les poules ont trouvé une sacrée porte-parole !
(-;

A bientôt.

euphrasie 16/04/2012 10:35

j'aime beaucoup votre blog ;;;il est toujours instructif
j'ai moi même un petit poulailler familial et je passe souvent de longs moments à les regarder vivre ...il est vrai que si on sait le faire il y a mille et une histoires à raconter.

lesbiodiversitaires 16/04/2012 13:13



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