Label(le) mixte : la vache Ferrandaise

Publié le par lesbiodiversitaires

Elle a failli disparaître complètement de la carte française des races de vaches. Cette superbe race, une des rares à être encore « mixte », a été sauvée grâce à l’opiniâtreté de quelques-uns et retrouve aujourd’hui une place qu’elle n’aurait jamais dû perdre. C’est une bonne nouvelle…
 
L’origine de la race se perd dans la nuit des temps, mais elle est également discutée. On l’a dit issue de croisements divers, au XIXe siècle, entre Salers, Aubrac, Charolais et aussi Bressanne. Pour d’autres, elle serait issue de la race de Salers, dans une variante plus petite, qui aurait subi des croisements avec d’autres races également (dont la Bretonne pie-noir, la Normande et la Simmental). A-t-elle alors des origines uniquement « auvergnates » ou a-t-elle subi une influence des races dite « jurassiques » (on devrait dire « jurassiennes d’ailleurs) ? C’est sans doute un peu de tout cela qui a fait la race Ferrandaise dont on entend parler à partir de 1860.
 
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Type de taureau barré moucheté, début du XXe siècle.
 
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Type de vache barrée, début du XXe siècle.
 
La Ferrandaise est connue principalement dans le Puy-de-Dôme, autour de la chaine des puys, justement, mais aussi dans les Monts du Forez, dans la Loire toute proche. Elle possède, au départ, une variété de noms : race du Puy-de-Dôme, Ferrando-forézienne, Ferrande, Ferrandine, race de la Limagne, du Marais, de Latour, de Rochefort, de Saint-Anthême, de Marat, du Brugeron, de Pierre-sur-Haute…Sa répartition, au début du XXe siècle, déborde les deux départements précités et on la rencontre également dans quelques communes de Corrèze et de la Haute-Loire, de même que dans la haute-vallée de l’Allier et, parfois, en Creuse. Des photos du début du XXe siècle montrent des bœufs ferrandais jusque vers Agen, ce qui prouve qu’ils étaient appréciés. En revanche, elle est curieusement absente du nord du Cantal, mais il faut dire que c’est sa cousine la Salers qui occupe la place.
De nos jours, la Ferrandaise ne se rencontre que dans le Puy-de-Dôme, c’est-à-dire la chaine des Puys au sud-ouest de Clermont-Ferrand et dans le Livradois, autour d’Ambert.
 
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roupeau aux environs de La Bourboule, début du XXe siècle.
Au premier plan d’une vache barrée telle qu’on les recherchait à l’époque.
 
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Troupeau dans la Loire, sans doute dans les années 1920.
On distingue au moins deux animaux « poudrés ».
 
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Marché aux bestiaux à Bourg-Lastic, années 1920-1930. Malgré tout, la diversité de robes persiste…
 
Des robes à foison
Une des caractéristiques de la Ferrandaise est la diversité de ses robes. En effet, si la majorité des animaux sont pie-rouge brique, un certain nombre peut être pie-noir. Il existe même de rares animaux pie-gris. Cette diversité existait jusqu’au début du XXe siècle, où elle fut ensuite plus moins combattue, seule la robe pie-rouge primant.
De plus, la répartition du rouge ou du noir est très variable. Le blanc se trouve sur la face, la ligne du dos, la queue et les membres. La région dorso-lombaire est souvent couverte d'une grande tache blanche en forme de triangle allongé, aux contours irrégulièrement dentelés.
On distingue deux types de panachures (rouges ou, parfois, noires) :
Ÿ robe barrée : elle est parsemée de grandes taches irrégulières. C’est celle qui fut, à partir de 1899 et pendant longtemps, reconnue comme seule robe « officielle ».
 
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Vache à robe barrée.
 
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Vache à robe barrée mouchetée.
 
Ÿ robe à flancs colorés : comme son nom l’indique, les flancs sont marqués d’une tache latérale. Celle-ci peut être continue – on parle alors de robe bregniée, soit fractionnée, ce qui constitue la robe poudrée. Dans ce dernier cas, les marques colorées peuvent être quasi absentes, l’animal pouvant apparaître blanc.
 
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Vache à robe à flancs colorés breignée.
 
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Vache à robe à flancs colorés poudrée.
 
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Vache à robe à flancs colorés poudrée. Cette robe rappelle nettement celle de la Vosgienne.
 
 Pour le reste, c’est une race de bonne taille (moyenne 1 m 39 pour les vaches), mais plus petite que sa cousine la Salers. Elle possède des muqueuses brun-rosée ou jaunâtres. Les cornes blanches, avec extrémité foncée, sont horizontales, un peu en avant d'abord, puis elles se relèvent et sont contournées légèrement en arrière. Elles rappellent un peu celles de la Salers.
 
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Vache à robe pie-noir (type bregnié). Là encore ce type d’animal évoque la race vosgienne.
 
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Vache à flancs colorés avec son veau quasiment blanc.
 
Une très bonne vache a failli disparaître…
La Ferrandaise est typiquement une race mixte. C’est-à-dire qu’elle a des aptitudes pour le lait mais aussi pour la viande. De même était-elle utilisée autrefois pour la traction animale. Ses heures de gloire, elle les connait au début du XXe siècle puisque l’on ne dénombre pas moins de 200 000 têtes dont 100 000 vaches. La race diminue néanmoins peu à peu, et il en reste  147 000 têtes en 1932 et 129 000 pendant la Seconde guerre mondiale. C’est au sortir de celle-ci que la race commence à péricliter. L’abandon progressif de la traction animale et les campagnes de prophylaxie vont lui être fatals. De plus, dans la période dite des « Trente glorieuses », on la croise soit avec la Pie-Rouge de l’Est de l’époque, soit avec des Montbéliardes et des Frisonnes (les futures Holstein) pour accroître la production de lait. D’autres la croisent avec la Charolaise à des fins de boucherie. Tout ceci ne lui réussit pas. La chute dans les années 1960 s’accélère, avec 42 800 animaux en 1962. Tout va alors très vite.
 
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Type de bonne laitière.
 
Ce n’est qu’à la fin des années 1970, avec Laurent Avon (alors à l’Institut technique de l’élevage bovin), accompagné par le Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne, qu’un travail de recensement et de conservation de semence est engagé. Mais les effectifs vont se réduire à 150 vaches au début des années 1980, surtout des animaux âgés et se reproduisant mal. Epaulés par des éleveurs qui veulent eux aussi conserver coûte que coûte, cette race, les effectifs remontent alors progressivement. On compte à présent plus de 1 600 femelles (chiffres 2012).
 
Sur la voie du renouveau
D’une quasi disparition, la Ferrandaise remonte donc la pente, même si les effectifs restent modestes. D’abord, la race a gardé un bon potentiel laitier. Il faut dire qu’elle est à la base d’un certain nombre de fromages comme la fourme d’Ambert, la fourme de Montbrison, le bleu de Laqueuille et la fourme de Rochefort. De même participe-t-elle à la fabrication du fameux Saint-Nectaire. Pour valoriser davantage le lait encore, certains éleveurs envisagent de créer un fromage à partir du lait de la Ferrandaise. A suivre…
La race est aussi allaitante. Elle fournit notamment des veaux de lait blancs et aussi des veaux rosés de grande qualité. La viande de la Ferrandaise est excellente. A Paris, un restaurant près du Panthéon, bien nommé « la Ferrandaise » propose de la viande de cette race à sa carte.
 
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Troupeau de vaches à robe barré homogène (élevage Prugne).
 
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Mais la Ferrandaise, c’est aussi cette diversité de robes (photo L. Avon).
                                                                                     
Rustique, polyvalente, bien adaptée à sa région, parfaite pour être valorisée en circuit court, superbement habillée, la Ferrandaise, si elle revient de loin, a su prendre le virage du XXIe siècle avec brio. Elle est sans doute sauvée, mais elle ne s’arrêtera pas là, et il faut espérer à présent qu’elle attire de plus en plus de gens
 
 La Ferrandaise a eu récemment droit au JT national voir ici
 
Merci à Jean-François Ondet pour son accueil chaleureux sur son élevage (d'où provient bon nombre de photos).
Pour en savoir plus sur la Ferrandaise voir : http://www.associationlaferrandaise.com/

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