Les tribulations d’un chercheur d’oiseaux est paru !

Publié le par lesbiodiversitaires

En panne sèche dans la steppe mongole, dans les creux de 10 m au large du cap Horn, entouré d’ours non loin d’un goulag sibérien, ou vaincu par les moustiques dans le delta du Danube… Ce livre a été l’occasion de raconter dix voyages ornithologiques, accomplis parfois pour le simple plaisir d’observer les oiseaux, parfois dans un but très précis d’étude d’une espèce particulière.
 
Ces voyages donnent à voir un pays et permettent de rencontrer les gens d’une façon tout à fait différente de celle d’un voyage touristique classique.
Dès que l’on observe et étudie les oiseaux, on quitte les sentiers battus et l’aventure devient permanente. Hors des lieux touristiques, dans ces endroits reculés, on rencontre des gens peu habitués à voir des étrangers.
Cette quête de l’oiseau nous entraine donc loin de tout et suscite des aventures étonnantes et des expériences inédites.
Le travail scientifique sur le terrain se conjugue avec des moments d’émotion, de passion, de peur ou de franche rigolade.
 
Les tribulations d’un chercheur d’oiseaux, par Philippe J. Dubois
éditions de La Martinière Textes
250 pages -140 X 205 mm, 17 euros
 
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Une émission sur France-Info ! (14 mai 2014).
et pour aller plus loin sur RCF
ou encore sur France Inter chez Denis Cheissoux CO2 mon Amour
 
Extrait du chapitre « Népal – Chercher l’oiseau… chercher l’oiseau… sans cornac, et sans éléphant »
Pourquoi avons-nous décidé de nous rendre dans cette ville que pas même 0,01 % des Européens saurait indiquer sur une carte ? La réponse est simple : pour atteindre le parc national de Chitwan, en zone tropicale, à la recherche de quelques espèces d’oiseaux qui, venues du plus profond de la Sibérie et de l’Himalaya, se sont mis en tête de passer l’hiver dans cette forêt primaire et sur les bords fangeux de la rivière Rapti. Ces oiseaux-là restent tout l’été et se reproduisent dans des lieux reculés, difficilement accessibles pour des raisons tenant à la fois de la politique et de la géographie. Et en hiver, ils trouvent le moyen d’aller se perdre dans des forêts impénétrables ou des lieux inextricables où l’on ne peut progresser qu’à dos d’éléphant.
Sauf que James et moi, nous sommes de jeunes ornithologues fauchés : nous n’avons pas les moyens de louer les services d’un cornac et de son éléphant. C’est donc à pied que nous avons décidé d’arpenter le parc de Chitwan.
Notre première quête est la mythique calliope de l’Himalaya, un petit passereau de la taille du rougegorge, auquel elle ressemble un peu, sauf que sa gorge d’un rouge plus intense est rehaussée d’un plastron pectoral noir de jais. Un oiseau beau comme un bijou, qui vient de la chaîne de l’Himalaya et des Tien-shan, en des lieux tout à fait difficiles d’accès aux communs des mortels occidentaux…
Nous avons lu, avant de partir, que Luscinia pectoralis (c’est son nom scientifique) hiverne dans les lieux humides, souvent en bordure de l’eau, dans la végétation haute et buissonnante. Pas de souci, nous sommes du genre intrépide, et nous allons prospecter les bords de la rivière Rapti !
Le propriétaire de la minuscule auberge dans laquelle nous nous sommes installés en bordure du parc, à qui nous expliquons le but de notre exploration, essaie, dans un anglais très approximatif, de nous donner des informations sur les sites que nous voulons visiter. Nous voyons bien qu’il veut nous faire passer un message : « Herbs… herbs… tall… rhino… tiger… elephant… dangerous. » S’ensuit un discours en népalais qui est visiblement de la plus haute importance, vu les gestes et les roulements d’yeux dont il nous gratifie. Nous commençons à comprendre, à son inventaire mammalogique, que nous ne serons peut-être pas les seuls à fréquenter les lieux. Le parc de Chitwan accueille une grande faune au sein de laquelle figurent le tigre et le rhinocéros unicorne. Nous acquiesçons mollement en écoutant les recommandations de notre hôte. Il ne s’agit pas de jouer les Tarzan dans cette jungle… mais pas question non plus de ne pas voir la calliope !
Dès l’aube, nous sommes dehors. Petit sac à dos avec eau et provisions, jumelles, pantalons de toile légère et grosses chaussures, nous voici partis pour la rivière Rapti. La température est encore fraîche et les oiseaux s’en donnent à cœur joie en remplissant l’air de cris et de chants inconnus. Nous devons marcher sur un ou deux kilomètres avant d’atteindre les bords de la rivière. Mais à peine avons-nous fait cinq cents mètres qu’un mur végétal se dresse devant nous. Un vrai mur. Haut de trois à quatre mètres, dense, laissant peu de place pour s’y aventurer. J’en avais entendu parler, et ce n’était donc pas une légende, la voici la savane d’herbes à éléphant. Et c’est seulement là que je comprends qu’« herbe » n’est sans doute pas le meilleur mot pour désigner ce grand végétal bien connu en Asie, le Miscanthus des scientifiques. Ce n’est pas un citoyen britannique, entretenant amoureusement son gazon, qui me contredirait. La densité des pieds au mètre carré est si importante qu’une fourmi aurait du mal à s’y glisser.
Alors pour les deux Homo sapiens en pataugas, il faut faire des contorsions invraisemblables entre chaque pied pour progresser dans cet incroyable fouillis végétal. Les feuilles sont coupantes et la chaleur y est telle qu’on a l’impression d’être entrés par effraction dans un four géant. L’air circule peu. On aurait peut-être du prendre des bouteilles d’oxygène ? Cette « forêt d’herbes » est un fourrage de grande valeur pour le bétail, mais aussi pour les… rhinocéros unicornes qui viennent y trouver refuge pendant la journée. Il se trouve que c’est aussi le lieu que fréquente la secrète calliope de l’Himalaya.
(…)
La fin d’après-midi arrive bientôt et, avec elle, le retour à une baisse de la température. Il est temps de rentrer au village car le chemin est long, et je n’ai aucune envie d’être surpris par la nuit qui tombe vite. En me levant, je longe le bord de la mare et découvre dans la boue de grosses empreintes de félidé… Bien plus grosses que des traces de panthère. Un tigre a du venir la nuit précédente boire à l’endroit même où j’ai passé l’après-midi.
Le soir, en discutant avec notre aubergiste, celui-ci manque de s’étrangler et nous sermonne une fois encore dans un népalais parfait : il est clair qu’à ses yeux, nous sommes fous. C’est en effet précisément à cette mare où j’ai passé mon après-midi que les touristes viennent en soirée « affuter » le tigre.
(…)
Pour notre dernier jour dans le parc de Chitwan, nous décidons de prospecter de nouveau le long de la rivière Rapti, en évitant cette fois-ci – et grâce aux informations fournies par les villageois qui nous ont indiqué un autre itinéraire – la savane d’herbes à éléphant. Nous aimerions revoir les deux espèces de sternes brièvement observées au début de notre séjour, mais aussi l’ibis noir et surtout les calaos, au bec incroyable et aux couleurs chatoyantes. Après une marche assez longue en bordure de rivière, nous arrivons dans une grande clairière superbement éclairée. La végétation herbacée est touffue, les arbres, de haute taille, sont souvent enlacés de lianes (des figuiers étrangleurs) mais aussi de belles orchidées blanches. Les oiseaux sont nombreux, spectacle fantastique pour ornithologues exilés.
Alors que nous progressons lentement, parmi les hautes herbes (mais qui restent à taille humaine !), nous tombons sur une petite harde de cerfs axis en train de pâturer. Tandis que la troupe se nourrit, un ou deux animaux ont la tête levée et inspectent les alentours en permanence. Les autres broutent tranquillement, insouciants de notre présence. Nous avons un léger vent de face, qui chasse nos odeurs. Au-dessus d’eux, le feuillage se met à bouger. Nous espérons des calaos, à la recherche de nourriture et passant d’arbre en arbre. Un coup de jumelles dans les branchages nous renseigne : il s’agit en fait de singes langurs qui se gavent de fruits. Des minivets passent en criant, des insectes grésillent un peu partout, la forêt résonne de mille bruits.
Un cri rauque venu des arbres se fait entendre. Les singes langurs alarment avant de déguerpir. Ils filent à toute allure dans les frondaisons. Tous les cerfs ont dressé d’un seul coup la tête. Ils détalent. Les oiseaux se sont tus. Le silence est impressionnant. Immobile, je lève les yeux pour voir si un rapace ne survolerait pas la zone, en quête d’une proie. Rien. Ce n’est pas nous qui avons pu provoquer une telle panique. Que peut-il bien se passer ?
C’est là qu’à une centaine de mètres s’élève le bruit sourd d’un feulement. Pas un grognement comme une panthère, non, un long, très long rraaaaahouououou...
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Jérôme 25/04/2015 20:26

Bonjour,

Merci pour cet ouvrage qui montre une autre facette de l'ornithologie, et j'adore.
Je suis en train de le dévorer, et me retiens de ne pas le lire pour faire durer le plaisir.
Malheureusement, je crains qu'il ne soit trop court… il faudrait que vous pensiez à en écrire un deuxième.

Merci beaucoup encore une fois.


Jérôme
https://debecetdeplumes.wordpress.com

PJD 01/05/2015 17:15

j'y songe ! ;-)

merci à vous

PJD

Jérôme 25/04/2015 20:21

Bonjour,

je suis en train de lire ce livre, en fait non, je suis en train de le dévorer…J'adore.