Oiseaux : longue sécheresse et difficultés à l’éclosion

Publié le par lesbiodiversitaires

Ces dernières semaines, les médias ont beaucoup parlé des effets de la sécheresse sur notre environnement. Nous en avons découvert un autre, auquel nous n’avions pas du tout pensé.
Les périodes de fortes sécheresses sont très néfastes aux éclosions d’œufs, car elles dessèchent la membrane interne de l’œuf (membrane coquillière), juste sous la coquille, rendant parfois l’éclosion impossible pour les poussins.
Ce phénomène est en fait très connu des éleveurs d’oiseaux, notamment chez ceux qui utilisent des couveuses artificielles. Une hygrométrie trop élevée ou pas assez pose de gros problèmes à l’éclosion. Dans la nature, même chose : printemps pourri ou sécheresse prolongée peuvent influer sur le taux d’éclosion.
Nous avons appris tout cela à nos dépens lors de la dernière couvée d’une de nos poules. Notre vieille Noire de Challans étant prise de couvade, et ne voulant pas recommencer l’histoire de l’omelette postale en commandant des œufs sur internet (voir article A Pâques, les œufs, quelle galère ! du 26 avril 2011), nous sommes allés chercher des œufs fécondés chez l’éleveur le plus proche de chez nous qui fait de l’Orpington.
 
Orpington ER
L'Orpington est une poule volumineuse, dite race lourde à plumage mou,
originaire de Grande-Bretagne, créée en 1880.
Pour en savoir plus sur la race suivez ce lien.
 
D’un point de vue biodiversitaire, il est moins urgent d’élever de l’Orpington que de la Noire de Challans ou de la Marans, car cette énorme poule anglaise est assez répandue. Magnifique poule d’ornement, doublée d’une bonne pondeuse, bonne mère, et d’un caractère des plus aimables, elle est mondialement appréciée. Mais bon, trouver des œufs fécondés est parfois une telle galère que nous avons cédé à la facilité orpingtonnienne. D’autant que c’est une très belle race, qui nous a séduits. Exception faite à la règle biodiversitaire, donc, de n’élever que des races à petits effectifs (cela dit, une belle Orpington est toujours bien plus rare que tous ces foutus poulets industriels qui parsèment nos campagnes !).
Sauf que… cette interminable sécheresse a tout foutu en l’air. Après les 21 jours de couvaison, nous avons entendu les pépiements caractéristiques de l’éclosion. Nous laissons faire la nature et au petit matin, en revenant, voici que je trouve la poule « sur les nerfs ». Je la soulève : cauchemar ! Des poussins étouffés dans l’œuf, la coquille en miettes, pris dans une membrane blanche ultra sèche, morts et froids. Ils n’avaient pas réussi à éclore.
Il en restait un seul… piaillant encore, mais suivant le même chemin que ses frères vers l’étouffement, collé à sa membrane blanche, la coquille en miette, qui ne s’en sortait pas.
Alors j’ai fait la chose à ne pas faire : aider un poussin à sortir de sa coquille.
Pourquoi est-il normalement formellement interdit d’intervenir ?
Parce que :
1.     Un poussin qui naturellement n’arrive pas à éclore a quasiment toujours un problème (faiblesse, handicap) qui fait qu’il mourra de toutes les manières dans les heures ou jours à venir. Il faut donc laisser faire la sélection naturelle.
2.     C’est une opération extrêmement délicate qui se solde généralement par un problème d’hémorragie conduisant à la mort du poussin. Très risqué, donc.
Je voyais bien cependant qu’il y avait un problème pour que toute la couvée soit morte (statistiquement, une couvée entière ne peut pas n’avoir que des poussins non viables). De fort mauvaise humeur à l’idée de faire une bêtise, mais n’ayant pas le cœur de laisser cette pauvre poule assister à l’échec de toute sa couvée sans rien faire, ni de laisser s’étouffer sous mes yeux le dernier poussin vivant qui piaillait tout ce qu’il pouvait, j’ai décidé d’intervenir, tout en pensant aux professionnels de l’aviculture qui maudiraient mon « sentimentalisme » et les risques pris. Et c’est là que j’ai vu à quel point la membrane blanche était sèche et dure. J’ai eu le plus grand mal à déchirer délicatement la partie qui collait la tête du poussin. Je lui ai seulement dégagé la tête et un peu de l’aile et le pauvre poussin, rassemblant ses forces, a réussi à expulser de lui-même le reste de sa coquille (ça faisait un moment qu’il luttait !). La poule était toujours furieuse, me balançant une bonne trentaine de coups de bec. J’ai ensuite nettoyé le nid, enlevant les poussins morts dans l’œuf. Le poussin sauvé piaillait et séchait sous sa mère, mais je ne donnais pas cher de sa peau après une éclosion aussi laborieuse. Quelques heures après, un de ses yeux était si sec qu’il était totalement collé, comme s’il était borgne, et il a fallu le lui ouvrir très délicatement avec un coton et un peu de sérum physiologique.
C’est seulement après toutes ces opérations, en consultant différents sites d’aviculture, que j’ai compris que cette éclosion catastrophique était à lier directement à la période d’intense sécheresse qui avait eu lieu durant toute la couvaison.
Et finalement, j’ai quand même bien fait d’aider le mini-Orpington, car il a repris du duvet de la bête. Il a à présent 7 jours, il est tout rond, la poule semble ravie et s'est calmée. Si à présent il meurt, ce ne sera pas du fait de son éclosion malheureuse, mais pour une toute autre raison !
 
poussin orpington ER
   Le seul rescapé de la sécheresse !  
 
La question que nous nous posons à présent est la suivante : si cette histoire (assez banale selon les aviculteurs) a pu arriver à une poule couvant dans des conditions naturelles, il n’est pas invraisemblable que les oiseaux sauvages qui étaient en couvaison au même moment aient subi eux aussi de grosses pertes. Il est sans doute encore trop tôt pour le savoir, mais nous avons désormais quelques craintes. Si vous avez des idées sur la question…
 

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Pâquerette 18/06/2011 10:33


Bonjour !

Voilà un poussin qui est passé par une porte très étroite pour entrer dans la vie !
Expérience qui montre combien difficile est l'élevage. Mais c'est pour cela que quand on y "touche ", tout comme pour le jardinage, on est vite happé par la passion.
(-:
PS/ Auriez-vous les coordonnées électroniques de François Colas afin que je lui demande autorisation pour publier ses photos.
MEUHci d'avance.

AmicaleMEUH
Pâquerette