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Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Publié le par lesbiodiversitaires

Pour les personnes un peu sauvages, l’hiver se prête à merveille à la visite des sites historiques : ils sont quasi déserts ! Ce qui permet de les découvrir sous un tout autre angle, et de s’apercevoir qu’avec leurs vieilles pierres et leurs anfractuosités, ils sont souvent appréciés des oiseaux.

Delphes aux tous premiers jours de février. Soleil superbe et déjà une température clémente. Site de l’Oracle, presque désert. Entre les colonnes, les pierres blanches laissées à même le sol, le théâtre, poussent quelques cyprès et pointent déjà le jaune et le blanc des premières fleurs. Au fond, le mont Parnasse, en partie enneigé. Rougegorges et rougequeues noirs, mais aussi des dizaines de fauvettes à tête noire, tous hivernants, se sont donnés rendez-vous à l’omphalos, le nombril du monde puisque c’était là, selon les anciens Grecs, qu’il était censé être. Le grand ornithologue suisse, Paul Géroudet, dans son texte introductif sur la fauvette de Rüppell, tout à fait inféodée à cette région, évoque le chant de l’espèce « dans les ruines vénérables [de Delphes] enchâssées dans une nature tragique de grandeur ». Il est trop tôt en saison pour l’entendre.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Mais celle qui couvre de ses vocalises tous les autres oiseaux est la sittelle de Neumayer, cousine « minérale » de notre sittelle torchepot. Elle fréquente en effet les falaises, les roches, les escarpements et se trouve bien à l’aise au sommet d’une colonne ou entre des blocs de pierre taillée. Les oiseaux paradent et les mâles, avec leur tuituituituitui sonore allant en s’accélérant, monopolisent l’espace vocal. Le monticole bleu se fait du coup bien discret. Et partout, curieux et effrontés, les rougegorges accompagnent la visite.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Plus au nord, dans les Météores, le paysage est tout autre. C’est encore l’hiver et certaines routes sont bloquées par la neige… Les impressionnants pitons rocheux, surmontés d’un monastère, sont bien austères sous le ciel gris. Les oiseaux se montrent particulièrement discrets, hormis les mésanges charbonnières qui sont déjà à la noce et, une fois encore, quelques sittelles de Neumayer qui mettent un peu d’ambiance. Un geai glisse furtivement entre deux à-pics rocheux, un grand corbeau croasse lugubrement tandis qu’il s’enfonce dans un dédale de roches. Vu l’endroit et les falaises impressionnantes, c’est le moment de chercher le tichodrome échelette qui est tout à fait chez lui. Malgré un scan consciencieux des parois, nous ne trouvons rien… sauf une petite chevêche blottie dans une anfractuosité du rocher, et qui semble gelée.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Le lendemain matin, avec un franc soleil, nous poursuivons la visite des monastères ouverts à cette période de l’année. A celui du Grand Météore nous trouvons enfin un tichodrome qui volète et escalade en soubresauts la paroi de la falaise, juste en contrebas du chemin ! Oui, mais des touristes arrivent aussi avec leurs éclats de voix. L’oiseau va-t-il décoller ? Eh bien non : indifférent aux bruits et aux mouvements, il continue son inspection systématique de tous les petits trous de la roche à la recherche d’animalcules, nous permettant de superbes observations. Puis d’un coup, il décolle de son vol papillonnant et rose.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

À Athènes, nous nous limitons cette fois-ci à l’Acropole et son Parthénon. Le temps est plus que printanier. C’est sans doute en partie pour cela qu’il y a déjà pas mal de monde sur le site (mais bien moins qu’en été). Les insectes sont sortis : abeilles, moro-sphinx, papillons, etc. Les fleurs abondent déjà. Et nous ne sommes qu’au tout début de février.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Hormis les pigeons et quelques rares pies, pas grand-chose autour du Parthénon. C’est dans les bosquets de pins et de cyprès autour que l’on trouve les oiseaux : sempiternels rougegorges et rougequeues noirs, mais aussi la fauvette mélanocéphale qui chante déjà et pousse ses crécelles caractéristiques. Et un couple de bergeronnettes grises qui s’active discrètement à construire son nid entre des blocs de pierre, à quelques mètres seulement du chemin où défilent des dizaines de touristes.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

A 70 km au sud d’Athènes, le cap Sounion pointe fièrement son éperon dans la mer Egée. Il abrite aussi le temple dédié à Poséidon, le dieu de la Mer. Les deux membres de la Mor Braz Team que nous sommes se devaient d’aller voir ce haut-lieu pour tous les marins. Là encore, le site est presque désert et nous profitons d’une petite brise ensoleillée de fin de journée pour admirer le site. Au large, des puffins yelkouans sont en pêche, tandis qu’un faucon pèlerin rase la falaise. Mais les cerbères du lieu sont les goélands (leucophées) qui patrouillent inlassablement dans les airs et nous fixent de leur œil dur et jaune en nous gratifiant de gèkgèkgèk presque menaçants. A terre, les gardiens sont plus débonnaires. Ce sont des perdrix choukars qui sont aussi nombreuses que peu farouches et qui se promènent allègrement sur le parterre du temple.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Plus loin sur la falaise, invisible pour le non-naturaliste, une chevêche d’Athéna surveille l’horizon : c’est un sentiment particulier de trouver dans ces lieux mythiques cet oiseau dévolu à la déesse grecque de la sagesse.
Le temple de Poséidon est un lieu empreint de quiétude et de sérénité, quelque chose qui monte du fond de l’océan et semble résonner sur le cap depuis la nuit des temps. Au loin, le chant râpeux trahit la présence d’une fauvette mélanocéphale. Pour elle aussi, le printemps est arrivé.

Publié dans Biodiversité sauvage

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Quelques nouvelles du printemps

Publié le par lesbiodiversitaires

Quelques nouvelles du printemps

Ne laissez pas passer le printemps, le temps de vous retourner, et ce serait l’automne.

Quelques nouvelles du printemps

Oubliez un instant le travail, les soucis, la famille, les contraintes, éteignez vos ordis, vos portables, vos télés, et allez profiter du soleil léger, des fleurs en train d’éclore, des oiseaux qui roulent leurs trilles, des parfums de miel et de terre fraîche, de toute la poussée de sève de la nature qui se réveille dans sa beauté douce et tendre, simple et facile, dans l’évidence paisible de la vie.

Quelques nouvelles du printemps

(Fleurs et chatons de saule de l’île d’Yeu, Vendée, 25 mars 2017)

Publié dans Biodiversité sauvage

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Biodiversité domestique sur France 3 Bretagne

Publié le par lesbiodiversitaires

Comme ce n'est pas si commun qu'on parle de biodiversité domestique à la télévision, voici un lien vers une petite interview sur France 3 Bretagne (on a contribué à les mettre en lien !). Jean-Luc Maillard, directeur de l'Ecomusée de Rennes, y donne une bonne définition de la biodiversité domestique.

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Cinquième édition du prix national de la Fondation du patrimoine pour l'agro-biodiversité animale

Publié le par lesbiodiversitaires

Jeudi 2 mars 2017, porte de Versailles. Fine, la vache Bretonne pie noir, mascotte de cette édition du Salon de l’agriculture, en a peut-être marre de se faire caresser par tout ce que la France compte de candidats à l’élection présidentielle à venir. Pendant ce temps, on fête les lauréats du prix de l’agro-biodiversité.

Ce cru « 2016 » est encore de haute tenue et il a été une fois de plus bien difficile de partager les candidats. En dehors de 3 prix, un prix spécial a été décerné cette année.

Prix d’honneur à « Pas bête la fête » !
C’est même un prix d’honneur qui a été décerné cette année à l’association Pas bête la fête qui organise la fameuse fête de la Vache Nantaise dont nous avons déjà parlé ! Un chèque de 25
000 € qui va lui faire du bien et permettre d’assurer une fois de plus la promotion et la valorisation des races locales à faibles effectifs. Cet événement, qui a lieu tous les 4 ans et draine sur 3 jours de septembre près de 45 000 visiteurs, aura lieu en septembre 2018. Cette fête est devenue un lieu de rencontre incontournable pour tous ceux qui promeuvent l’intérêt écologique et économique de l’agrobiodiversité animale et aident à la formation et à l’installation d’éleveurs, sans en ignorer les difficultés.
La 8e édition qui se prépare sera, à n’en pas douter, l'un des grands événements de la biodiversité domestique de 2018. Et on ne peut qu’engager ceux qui le peuvent à aller faire un petit tour, en septembre 2018, du côté de Plessé, Loire-Atlantique, pour ce magnifique moment de partage.

Laurent Chalet, initiateur de la fête de la Vache Nantaise (Pas bête la fête !) reçoit le chèque des mains de François-Xavier Bieuville, directeur de la Fondation du Patrimoine.

Laurent Chalet, initiateur de la fête de la Vache Nantaise (Pas bête la fête !) reçoit le chèque des mains de François-Xavier Bieuville, directeur de la Fondation du Patrimoine.

1er prix – La brebis Sasi Ardi (Pyrénées-Atlantiques)
Peu connue en dehors de sa région, la race Sasi Ardi (ou brebis des broussailles) figure maintenant sur le catalogue du ministère de l’Agriculture qui reconnait officiellement les races françaises du territoire. Elle est particulièrement apte, par sa rusticité, à tirer parti des zones broussailleuses de la moyenne montagne du Pays Basque.
Le projet présenté par l’association Sasi Artalde est particulièrement bien élaboré car basé sur l’accompagnement technique des éleveurs et la promotion des deux produits typiques et de haute qualité (l’agneau de 5 mois et le mâle de 28 mois) qui devraient permettre d’assurer le développement de la Sasi Ardi.
Le 1er prix est doté d’un montant de 10 000 €.

 

Race Sasi Ardu (ou brebis des broussailles).

Race Sasi Ardu (ou brebis des broussailles).

2ème prix – La race bovine Moka (Ile de la Réunion)
Peu connue, la race bovine Moka vit à la Réunion. Elle a été inscrite récemment au catalogue des races officielles du ministère de l’Agriculture. Elle est le fruit de divers croisements d’animaux introduits, originaires d’Asie, du Moyen-Orient, d’Afrique et de Madagascar.
Au début du XVIIIe, des animaux de Moka (Yémen) furent introduits en même temps que l’importation de plants de café, d’où leur nom. Cette race rustique et bien adaptée fait merveille dans les milieux agricoles de l’île, souvent difficiles. L’association pour la Promotion du Patrimoine et de l’Ecologie de La Réunion est là pour aider à l’installation de nouveaux éleveurs, valoriser les produits issus directement ou indirectement du bœuf Moka au travers de circuits courts, développer des actions de communication auprès des consommateurs locaux et des agriculteurs. Le prix, d’un montant de 6 000 €, aidera à développer ces actions.

Taureau Moka.

Taureau Moka.

3ème prix – Le mouton Boulonnais (Nord-Pas-de-Calais)
Le mouton Boulonnais est une très ancienne race du littoral de la Manche et de la mer du Nord, qui avait failli disparaître dans les années 1980. Sa rusticité et ses qualités de marcheuse permettent à cette race d’être utilisée dans les nouveaux systèmes d’écopâturage, qui sont en plein développement, et en pâturage itinérant sur des espaces sensibles le long du littoral. Ainsi on peut l’admirer sur les pentes du Mont d’Hubert, attenant au fameux cap Blanc-Nez. Par ailleurs, la qualité de l’agneau Boulonnais est très appréciée localement et sa réputation se conforte.
Le jury a été sensible au dynamisme du candidat ainsi qu’au sérieux du projet bien intégré dans l’environnement local. Le prix, de 4 000 €, a été remis au Centre régional de ressources génétiques du Nord-Pas-de-Calais (CRRG).

 

Moutons Boulonnais.
Moutons Boulonnais.

Moutons Boulonnais.

Le salon la nuit
Mais la vie secrète du Salon de l'agriculture commence le soir, lorsque les derniers visiteurs l'ont quitté et que les portes se referment !
C'est le moment où les agriculteurs et ceux qui travaillent avec eux se retrouvent dans la fameuse « réserve » du Salon de l’agriculture, bien connue pour ses repas gargantuesques et sa bonne humeur. Les agriculteurs heureux de se retrouver année après année, des amitiés se tissant, se font partager et découvrir les meilleurs produits de leur terroir lors de dîners conviviaux.
Et à la réserve des races à petits effectifs, forcément en bio, les soirées sont particulièrement animées, avec cette année un repas bio « bretonne pie noir » avec, en point d’orgue, une glace au gwell mémorable ! Des tablées entières de passionnés, ces résistants qui se battent pour une autre agriculture, à la fois garants des traditions et précurseurs encore souvent solitaires d'un monde qui, si on les écoutait, pourrait bien être meilleur.
Le tout sous une musique d’enfer sur le grand ring où dansaient comme des fous les élèves des lycées agricoles présents au salon !

Cinquième édition du prix national de la Fondation du patrimoine pour l'agro-biodiversité animale
Les gagnants du concours entourés du jury

Les gagnants du concours entourés du jury

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Bernache à cou roux : à la recherche de la plus belle oie du monde

Publié le par lesbiodiversitaires

Bienvenue en Bulgarie !

Bienvenue en Bulgarie !

Pour la plupart des ornithologues occidentaux, la bernache à cou roux est un oiseau mythique. Bariolée comme un arlequin, et en danger de disparition, elle est un Graal pour tous les amateurs d’oiseaux.

La bernache à cou roux est une petite oie qui niche dans l’extrême nord de la Sibérie, notamment dans la péninsule du Taïmyr. Avec l’arrivée de l’hiver, elle descend passer la mauvaise saison en Ukraine, Roumanie et Bulgarie, en passant par la vallée de l’Ob, puis le Kazakhstan. Victime d’une chasse effrénée malgré la protection complète dont elle jouit, la bernache à cou roux est devenue très rare.
Il est vrai que ses effectifs ont toujours fait l’objet de discussions et qu’elle fut, notamment au milieu du XXe siècle, particulièrement rare (20 000 oiseaux ?). Des effectifs plus importants ont été comptés, notamment dans les années 1990, culminant à 70 000 individus. Les chiffres actuels restent contradictoires mais on suppose qu’elle ne doit pas dépasser les 50 000 ou 60 000 oiseaux, au moins dans l’aire connue d’hivernage (Ukraine à Bulgarie). Peut-être existe-t-il des lieux d’hivernage jusqu’ici inconnus et plus à l’est encore ?
La toundra sibérienne dans laquelle elle se reproduit est menacée par le changement climatique, car la forêt (taïga) gagne peu à peu. Sur ses lieux d’escale, comme au Kazakhstan, elle est chassée sans vergogne et des centaines d’oiseaux sont tués chaque année sans atteindre leurs quartiers d’hivernage.
En Ukraine, on ignore ce qu’il lui advient. En Roumanie, mais aussi en Bulgarie, on la chasse bien qu’elle soit protégée. En réalité, la chasse aux oies grises est autorisée, mais comme elle se pratique aussi de nuit ou à la passée, il est clair que bien des bernaches à cou roux tombent sous les plombs. Puis reste le trophée d’avoir abattu une superbe espèce dont la dépouille ornera la cheminée. D’autant que le tourisme cynégétique est encore prisé dans ces deux pays.
Si l’hiver est doux, les oiseaux sont présents surtout en Ukraine ou en Roumanie, non loin du delta du Danube. Mais dès qu’un coup de froid survient, les oiseaux poussent vers le sud et se retrouvent dans le nord-est de la Bulgarie, en Dobroudja frontalière avec la Roumanie.

Bernache à cou roux en mer - Durankulak, Bulgarie, février 2017

Bernache à cou roux en mer - Durankulak, Bulgarie, février 2017

C‘est là que nous avons décidé d’aller à sa rencontre, en février 2017. Un ami ornithologue s’y est rendu en janvier, au moment où un sévère coup de froid frappait l’Europe de l’Est. Il a vu 10 000 oiseaux. Mais le froid perdurant, certains sont partis plus au sud, dans la région côtière de Bourgas (ou Burgas). Lorsque qu’à la mi-janvier, un autre collègue est revenu lui aussi de Bulgarie, il n’était pas optimiste car après le froid, un redoux aussi spectaculaire était arrivé et les oiseaux étaient remontés vers le nord, laissant le secteur de Durankulak - où nous devions séjourner - très vide.

Bernaches à cou roux, région de Durankulak (crédit Bed & Birding).

Bernaches à cou roux, région de Durankulak (crédit Bed & Birding).

Arrivés à Sofia, nous roulons jusqu’à Bourgas, car nous avons appris qu’il y avait 4 500 oiseaux dans le secteur. Dès notre arrivée sur place, nous recherchons les oiseaux. En vain… Le soir, le bilan s’élève à… 6 bernaches à cou roux. Déception dans les rangs.
Le lendemain nous partons à la recherche des oiseaux, fouillons les grandes bandes d’oies rieuses qui pâturent dans des champs immenses et bien souvent inaccessibles. Rien. Pas la queue ni le cou roux d’une bernache. Enfin, si : une.

Nos six premières bernaches à coux de Bourgas. Et les seules...

Nos six premières bernaches à coux de Bourgas. Et les seules...

...malgré la présence voisine d'une troupe de cygnes chanteurs.

...malgré la présence voisine d'une troupe de cygnes chanteurs.

Direction : Durankulak
Après cet échec, nous filons alors vers l’extrême nord-est, à Durankulak, à deux pas de la frontière roumaine où nous retrouvons Pavel Simeonov qui tient un gîte ornithologique, dominant le lac de Durankulak. C’est là que des milliers d’oies et de bernaches viennent passer la nuit quand le lac n’est pas gelé. Mais le lac est gelé… Comme tous les lacs de la région. Pavel  ne sait pas où sont passés les oiseaux. La chasse, qui vient juste de fermer, les a beaucoup perturbés. La succession d’un froid intense et d’un redoux subit également. Comble de malchance, alors que nous avions un temps ensoleillé à Bourgas, ici c’est le gris qui domine et les prévisions ne sont pas bonnes. Bilan du premier jour : 20 bernaches en tout et pour tout. Ça commence à sentir le roussi… Il y a certes d’autres oiseaux à découvrir et à regarder, mais tout de même.

L'observation d'un rare goéland ichthyaète ne nous fait pourtant pas oublier les bernaches !

L'observation d'un rare goéland ichthyaète ne nous fait pourtant pas oublier les bernaches !

Le moral un peu dans les chaussettes, nous nous levons le matin suivant pour constater que nous avons du mal à voir nos pieds, tant le brouillard est épais. Malgré tout, tenaillés par l’envie de voir la petite oie sibérienne au plumage chamarré de noir, de blanc et de rouge, nous arpentons les plaines sous un froid qui commence à pincer. Pavel, malgré notre trentaine de bernaches au compteur ce soir-là, est optimiste. Le froid va faire revenir les oiseaux.

Malgré la grisaille du matin suivant, nous voici dehors. En longeant le littoral par une piste dantesque, sur laquelle nous louons la bonne idée d’avoir pris un 4x4 (indispensable pour circuler ici, avait prévenu Pavel), nous apercevons un petit groupe d’oies, au-dessus de la mer agitée, qui filent vers le nord, malgré le froid et le vent. Des bernaches à cou roux ! Bientôt un second puis un autre groupe plus important sont observés. Pavel est tout surpris : seraient-ce les bernaches de Bourgas ? Mais pourquoi remonteraient-elles alors qu’il fait froid ? Regagnent-elles, malgré tout, leurs sites d’hivernage traditionnels ? Savent-elles que le froid, certes intense, ne sera pas (plus) exceptionnel avec le printemps qui se rapproche ? Branta ruficollis, car tel est son nom scientifique, garde bien ses secrets. Toujours est-il nous que trouvons enfin un premier groupe à l’effectif conséquent dans un champ de blé d’hiver, pâturant avec 1 200 oies rieuses. Il n’y en a guère plus d’une trentaine, à près d’un kilomètre de distance, mais c’est déjà ça !

Dans la brume épaisse, on distingue mal les bernaches à cou roux des oies rieuses, mais l'ambiance est là.

Dans la brume épaisse, on distingue mal les bernaches à cou roux des oies rieuses, mais l'ambiance est là.

Le jour suivant, nous décidons d’aller vers la frontière roumaine où les oiseaux s’étaient regroupés début janvier avant le coup de froid. C’est Pavel qui trouve le groupe : 1 600 bernaches, dans un champ immense, avec autant d’oies rieuses. Mais elles sont loin, la brume est tenace et un vent sibérien balaie la plaine. Nous avons trouvé refuge à la lisière d’un petit boqueteau. Transis de froid, les collègues jettent l’éponge au bout d’une bonne heure. Elise aussi. J’ai le Graal à portée de main : pas question de partir. Pendant trois heures, immobile comme une statue, j’observe les oiseaux qui, peu à peu, se rapprochent. Régulièrement elles décollent et c’est un concert d’appels qui résonne dans l’air. Un concert de petits cris aigus qui évoquent ceux d’un… canard en plastique !

Totalement gelé, il faut rentrer avec la nuit qui tombe. Le soir, dans le lit chaud, on se repasse les envols et les appels dans le froid et la brume. Et on s’endort en pensant à demain.

… Et demain est le dernier jour. Le brouillard est parti mais pas la grisaille. Ni le froid qui s’est installé pendant la nuit apportant avec lui un vilain grésil qui gèle direct sur la voiture. Des litres et des litres d’eau chaude sont nécessaires pour dégeler les vitres. Quant à la route, on la dirait construite pour accueillir le championnat du monde de patinage artistique ! Direction les champs d’hier. Rien. On pousse alors un peu vers la mer, avec prudence vu l’état de la chaussée. Et là, dans un champ de blé d’hiver, deux grosses taches noires : de milliers de bernaches à cou roux qui pâturent en compagnie d’oies rieuses. On dirait tout à la fois des chenilles processionnaires et un troupeau de moutons, avançant, tête baissée. On gare la voiture en bordure de route et on attend. Des groupes viennent alors à moins de 300 m. Enfin, les voilà plus proches.

Elles se posent... (crédit Bed & Birding)

Elles se posent... (crédit Bed & Birding)

Et pendant ce temps, les vols se suivent et se posent. Des dizaines, des centaines, qui, à peine à terre, commencent à pâturer frénétiquement. On voit sur leurs ailes la glace qui s’est fixée aux plumes et qui doit rendre leur vol pénible. Le moindre mouvement, une voiture qui passe, et la troupe décolle, se scinde, puis revient. Elles n’ont pas encore tout à fait compris que la chasse est terminée et on imagine facilement le stress qu’elles ont enduré tout au long de l’hiver. Décidément la vie de bernache n’est pas facile.

A chaque voiture qui passe, les oiseaux décollent, mais se reposent aussitôt.

A chaque voiture qui passe, les oiseaux décollent, mais se reposent aussitôt.

Les bernaches pâturent frénétiquement (crédit Bed & Birding).

Les bernaches pâturent frénétiquement (crédit Bed & Birding).

Malgré le froid et le vent, nous filmons les oiseaux qui arrivent sans cesse.

On pense alors aussi à toutes leurs collègues captives qui font les délices des amateurs ou des parcs animaliers, car l’espèce est tenue en captivité du fait de son plumage magnifique. Ces oiseaux ne connaîtront jamais la toundra fleurie du printemps, ni les steppes brûlées de soleil, ni les bords de la mer Noire. Et ni les plombs tueurs. La vie d’une oie sauvage est plus dangereuse, mais aussi plus palpitante, non ?

Combien avons-nous de bernaches devant nous à cet instant ? 5 000 ? 6 000 ? Sans doute. Peut-être plus d’un dixième de la population mondiale, sur quelques hectares de blé bulgare. Enfin la quête a payé. Le Graal est atteint. Elles sont là, devant nous, superbes et mystérieuses, tout affairées à pâturer. Et levant régulièrement le cou pour voir ce que les drôles d’oiseaux dans leur voiture sont en train de manigancer.

Quel spectacle !

Quel spectacle !

Bernache à cou roux : à la recherche de la plus belle oie du monde

Les bernaches pâturent en compagnie des oies rieuses (on voit la glace qui s'est fixée sur les plumes).

 

Aller voir les bernaches à cou roux 

Pour ceux qui sont tentés par ce spectacle fabuleux, un petit tour à Durankulak, en Bulgarie s’impose. Il faudra se rendre chez Pavel Simeonov dont l‘accueil chaleureux et la connaissance parfaite des oiseaux aideront à rendre le séjour plus agréable encore. Sa femme, Tatyana, d’origine biélorusse, fait une cuisine succulente. Pour plus d’infos, voir le site. Le gîte est membre du réseau Bed & Birding qui, à travers le monde propose des accueils au sein même de sites ornithologiques renommés.

Et le bonus de fin !
Avant de consacrer sa vie aux bernaches à cou roux, Pavel était musicien professionnel, lui-même fils d’un musicien bulgare. Au piano essentiellement, mais pour fêter nos observations, il a repris ce soir-là la flûte traversière de sa jeunesse, dont il n'avait pas joué depuis longtemps !

Publié dans Biodiversité sauvage

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Lectures biodiversitaires d’hiver

Publié le par lesbiodiversitaires

La vengeance du wombat et autres histoires du bush, Kenneth Cook
Pour ceux qui auraient lu Le koala tueur de Kenneth Cook, présenté dans les lectures d'automne, une bonne nouvelle, il y a une suite : La vengeance du wombat.
Tout aussi délirant que le premier tome, le génial écrivain y raconte ses aventures avec la faune sauvage, à travers le bush australien, comme sa mésaventure avec les wombats :
« J’aimais beaucoup les wombats, avant. A première vue, ces aimables créatures ressemblent à des oursons, se baladent tranquillement la nuit et mastiquent innocemment des racines. La vérité est tout autre. »
Mention spéciale pour la nouvelle sur les kangourous suicidaires qui commence ainsi :
"N’essayez jamais d’aider un kangourou. Cette créature ingrate est susceptible de récompenser votre gentillesse par une violence inattendue."
En plus de raconter des histoires à se tordre de rire, Kenneth Cook nous fait découvrir les animaux australiens, wombat, quokka… sous un jour nouveau.

Le gang de la clé à molette, Edward Abbey
Offert par un ami conservateur d’une réserve naturelle, ce livre culte devrait figurer dans la bibliothèque de tout amoureux de la nature, parce que y’a des jours où des lectures comme ça, ça défoule !
Ce roman qui date de 1975 reste ô combien d’actualité dans l’Amérique d’aujourd’hui !
Vous y ferez la connaissance de quatre rebelles, écœurés de voir la nature américaine défigurée : Doc A.K. Sarvis, un médecin, sa compagne Bonnie Abbzug, une femme qui plaira aux lecteurs comme aux lectrices (sexy mais pas du genre à se laisser faire), George W. Hayduke, ancien du Vietnam déjanté, et Seldom Seen Smith, un mormon polygame à la vie aussi compliquée qu’organisée.
Basculant dans l’insoumission, ils décident de pourrir la vie des pollueurs de l’Ouest américain, et deviennent experts en sabotage, ce qui va leur valoir quelques ennuis…
Un aperçu des dialogues :
« -Tu crois qu’une ruse comme ça suffira à berner toute une escouade d’humains adultes ? demande Bonnie.
Seldom s’autorise un petit sourire prudent.

-Eh bien disons, chérie, que si Love était tout seul j’te dirais que non, l’en faudrait plus pour le leurrer. Mais avec son Équipe les choses sont différentes. Un homme seul, ça peut être assez con, mais si tu veux de la vraie bonne grosse connerie, y’a rien de mieux que le travail en équipe. »

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Les chevaux aux yeux d'ambre

Publié le par lesbiodiversitaires

Si les chevaux aux yeux bleus sont relativement connus, saviez-vous qu'il existe des chevaux aux yeux d'ambre, presque verts ? C’est une sorte de vert d’eau aux nuances dorées, très doux, dont les nuances changent en fonction de la lumière.

 

On trouve quelques chevaux aux yeux d'ambre dans le Morbihan, sur la commune de Brech, où notre amie éleveuse Audrey Gory travaille sur des robes originales, les sélectionnant avec passion grâce à une réflexion génétique poussée (voir notre précédent article sur cet élevage ici).

L’œil de Digame et d'une de ses poulinières. Elevage Pemp Heol à Brech.
L’œil de Digame et d'une de ses poulinières. Elevage Pemp Heol à Brech.

L’œil de Digame et d'une de ses poulinières. Elevage Pemp Heol à Brech.

Cette couleur très rare est associée à des animaux portant des noms de robe poétiques : pie champage or… champagne… Elle apparaît quand le cheval est porteur du rare gène champagne.

Les gènes crème ou perle génèrent eux aussi des yeux aux couleurs clairs chez le cheval. 

 

Les chevaux aux yeux d'ambre
Audrey et Digame, jeune étalon de couleur pie champagne or, reproducteur à l'élevage Pemp Heol.

Audrey et Digame, jeune étalon de couleur pie champagne or, reproducteur à l'élevage Pemp Heol.

Cette couleur claire permet de voir que la forme de la pupille chez le cheval n'est pas ronde comme chez l'homme, mais rectangulaire et horizontale, comme les chèvres. Elle permet un champ de vision plus large.

 

Merci à l'élevage Pemp Heol

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Restauration des bâtiments du Jardin des Plantes abritant le cheval de Przewalski

Publié le par lesbiodiversitaires

© MNHN - Jérôme Munier

© MNHN - Jérôme Munier

La Fondation du patrimoine lance une souscription publique avec le Muséum d’Histoire Naturelle pour la restauration des bâtiments de la ménagerie du Jardin des plantes à Paris, et plus particulièrement celui qui héberge le cheval de Przewalski. Ce projet présente un intérêt :
- patrimonial : bâtiments qui datent de 1800 à 1900,
- génétique : le cheval de Przewalski est le seul équidé sauvage qui bénéficie d’un programme de sauvegarde du muséum,
- animal : le but est d’améliorer le bien-être des animaux du parc qui sont partie prenante dans la conservation génétique de l’espèce,
- technique : restaurer le toit en chaume nécessite des compétences et un savoir-faire très particulier.

On peut aller voir ici le projet soutenu par la Fondation du patrimoine ainsi qu’ici.

Si vous voulez en savoir plus sur cet équidé sauvage, nous vous en avons déjà parlé dans plusieurs articles :
Rencontre avec les chevaux de Przewalski
Notre expédition dans le désert de Gobi, épisode 19
Et lors d'une interview sur France inter.

Publié dans Biodiversité sauvage

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Un coq lecteur

Publié le par lesbiodiversitaires

Via le formulaire de contact du blog, une jeune lectrice qui adore ses poules a envoyé un petit courrier accompagné de photos, qu’elle nous autorise à publier. Parce que William, le coq qui lit Tout pour ma poule, il vaut le coup !

Liane et son coq William, merci à la famille Le Cam pour ce courrier et ces photos !
Liane et son coq William, merci à la famille Le Cam pour ce courrier et ces photos !Liane et son coq William, merci à la famille Le Cam pour ce courrier et ces photos !

Liane et son coq William, merci à la famille Le Cam pour ce courrier et ces photos !

Ces petites attentions, c’est ce qui donne du sens au métier d’auteur : savoir qu’on a pu rendre quelqu’un heureux, quelque part.

Car le travail d’auteur est merveilleux, mais par certains aspects rude et solitaire. Entre toutes les étapes complexes de fabrication d’un livre, l’écriture même qui est un moment très dense, le manuscrit à rendre à l’éditeur dans les temps, les relectures, corrections et validations diverses, la gestion administrative d’une profession indépendante, et enfin la promo du livre (parler à la radio alors que tous les auteurs sont à la base plutôt des timides, au début c’est pas évident !), c’est un travail souvent plus ardu qu'il n'y parait (mais passionnant !).

Aussi le courrier des lecteurs fait toujours chaud au cœur et donne envie de continuer. Merci pour cette jolie photo pleine d’humour et pour ce beau coq lecteur !

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Bloavez mad !

Publié le par lesbiodiversitaires

A tous nos lecteurs, que 2017 soit pleine de rêve, d'aventure, de liberté...

Bloavez mad !

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