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63 articles avec biodiversite sauvage

La loutre de la rivière Esla

Publié le par lesbiodiversitaires

Rivière Esla, nord-ouest de l'Espagne, 12 août 2017, carnet de terrain.

La loutre de la rivière Esla

Il est 21h passé, le crépuscule tombe sur la rivière, irisant l’eau et donnant aux herbes aquatiques des teintes intenses d'emeraude. Les étourneaux unicolores gazouillent des strilles auxquelles nos oreilles ne sont pas habituées. Pierre, Anne et Philippe affutent à un bout du grand pont. Moi, je suis partie à l’autre bout : j’ai décidé de guetter le rocher couvert d’épreintes qui se trouve juste en dessous.

La loutre de la rivière Esla
La loutre de la rivière EslaLa loutre de la rivière Esla

Une loutre, une loutre, me dis-je, c’est bien comme une poule ou un cheval, ça doit bien aimer faire toujours son même petit circuit tranquillou.

Le soir tombe, entraînant l’esprit dans diverses rêveries.

Un héron pourpré ayant attrapé une couleuvre vipérine passe au-dessus du pont !
Un héron pourpré ayant attrapé une couleuvre vipérine passe au-dessus du pont !

Un héron pourpré ayant attrapé une couleuvre vipérine passe au-dessus du pont !

Une autre couleuvre vipérine, nageant sous l'eau, observée la veille, lors d'un affut sur une autre rivière à loutres...Une autre couleuvre vipérine, nageant sous l'eau, observée la veille, lors d'un affut sur une autre rivière à loutres...

Une autre couleuvre vipérine, nageant sous l'eau, observée la veille, lors d'un affut sur une autre rivière à loutres...

Mon rocher est toujours désert.

Allez cocotte, viens donc faire ton petit caca du soir.

Mais rien. Pas la moindre moustache de loutre à l’horizon.

Je repense à ma seule observation de loutre, en 2014, dans les Pyrénées. Nous étions en train de remonter en voiture une rivière à loutres bien connue, au petit matin, très tôt, pour aller rendre visite à un vieil éleveur de chevaux mérens et castillonnais. Quand tout à coup, sur un rocher au beau milieu de la rivière, j’avais aperçu une silhouette et poussé un cri : « là ! là ! Un énorme mustélidé euh mais c’est une louuuuuutre !!!! »

Le temps de piler la voiture et de faire marche arrière, mémère avait plongé.

Observation rapide et quelque peu frustrante, comme souvent avec cet animal.

Mais sur la rivière Esla, le soir est bien tombé. Des poissons sautent, mais de mustélidé dodu, pas une trace.

La loutre de la rivière Esla

Bon, c’est encore raté pour cette fois. De toute façon hein, c’est toujours comme ça, la loutre. On ne la voit jamais cette bestiole.

Mon esprit n’est plus du tout à la loutre : rhalala, faut vraiment réussir à faire marcher internet à la rentrée, puis le téléphone, puis la télé, pourquoi elle ne marche pas non plus, pfff, j’y comprends rien à tout ça et…

« Elise !!! »

Je me retourne. Pierre et Philippe me font des grands gestes. Qu’est-ce qu’ils me veulent ces deux-là ? Que je rentre ?! Hum, ils ont l’air bien énervé là… Ils ont vu une loutre ou quoi ??

« Mais là, juste devant toââââ !!! », me crie Pierre.

La panique me saisit. J’écarquille les yeux, regarde partout. Mais non !! je ne la vois pas ! Je ne la vois pas ! Mais c’est pas vrai que je ne la vois pas.

Mais c’est pas vrai qu’ils vont tous la voir et pas moi alors que je suis la mieux placée, merde de merde de merde de merde !

Philippe s’approche, d’un pas tranquille.

Bon, ok, c’est mort, elle a disparu, sinon il ne viendrait pas. Là je suis vraiment écœurée à l’extrême. Mais c’est pas vrai que j’ai raté une loutre ! Une loutre !

Je regarde Philippe arriver, de mon œil le plus morne.

« M’enfin tu ne l’as pas vue, elle était là, juste devant toi, dit-il pour enfoncer le clou. Elle a nagé de là à là », rajoute-t-il en montrant un passage assez long près des herbes de la berge !

Mais je n’ai pas le temps de ruminer ma vexation. Un remous se fait dans la rivière, juste en dessous de nous, presque sous le pont. Elle est là, la grosse loutre, qui vient sur son rocher à épreintes !!!

Il fait quasi nuit, mais je tente quand même une photo pourrie, sans le flash pour ne pas lui faire peur, les iso poussés au max. Elle passe sous le pont. Remonte sur un rocher où elle se dandine « Elle s’y est frottée le cul, elle a dû faire une épreinte », murmure Philippe. Tandis que j’ai beau entendre le déclencheur ramer, présageant de photos totalement floues, je m’acharne à prendre un cliché.

Puis elle replonge et disparait, silencieusement.

Merveilleuse loutre !

"La loutre", art photographique... !
"La loutre", art photographique... !

"La loutre", art photographique... !

Sur ce, le coeur léger, les yeux plissés de bonheur, rentrant dans la nuit, il n’y a plus qu’une chose à faire : aller boire une bière.

Publié dans Biodiversité sauvage

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Préservons la biodiversité marine du Mor Braz (Morbihan) : sortie du 16 septembre 2017

Publié le par lesbiodiversitaires

Dauphins communs

Dauphins communs

Depuis que la Mor Braz Team est née il y a environ deux ans et demi, l’un des objectifs de l'équipe était de partager avec le grand public ces observations magiques que nous vivons dans notre cher océan morbihannais. L’idée d’une sortie en mer grand public est née il y a quasi deux ans, et nous sommes tous heureux qu’elle ait pu se réaliser hier. Pour l’occasion, les vents et les eaux furent favorables, apportant aux observateurs émerveillés des nuées d’oiseaux… et de dauphins.

Fous de Bassan (le premier est un oiseau de deuxième année).
Fous de Bassan (le premier est un oiseau de deuxième année).
Fous de Bassan (le premier est un oiseau de deuxième année).

Fous de Bassan (le premier est un oiseau de deuxième année).

Ce samedi 16 septembre, Bretagne Vivante a embarqué 70 personnes à bord du navire de la compagnie Navix, au départ de Locmariaquer. L’idée était de sensibiliser le grand public à la richesse naturelle du Mor Braz. En effet, comme ceux qui suivent ce blog le savent désormais, cette zone est un lieu de prédilection pour les oiseaux et les mammifères marins, dont certaines espèces rares.

Océanites tempêtes.
Océanites tempêtes.Océanites tempêtes.

Océanites tempêtes.

Notre crainte était bien sûr que les animaux, toujours imprévisibles, ne soient pas au rendez-vous. Nous avons quand même connu quelques sorties parfois un peu difficiles... Mais le Mor Braz fut très généreux :

 

Grand labbe, labbe parasite, mouette de Sabine, puffin des Baléares, puffin anglais, fou de Bassan, océanite tempête et une mouette mélanocéphale baguée en République tchèque ! Et bien sûr les habituels : goélands argentés, bruns et marins, sternes caugeks et pierregarins. Ainsi qu’un poisson-lune !

Jeune mouette mélanocéphale, guillemot de Troïl, grand labbe.
Jeune mouette mélanocéphale, guillemot de Troïl, grand labbe.
Jeune mouette mélanocéphale, guillemot de Troïl, grand labbe.
Jeune mouette mélanocéphale, guillemot de Troïl, grand labbe.

Jeune mouette mélanocéphale, guillemot de Troïl, grand labbe.

Dans l’après-midi, un chalutier nous a permis l’observation d’un spectacle incroyable : environ 5000-6000 oiseaux de mer se pressant derrière le bateau.

Préservons la biodiversité marine du Mor Braz (Morbihan) : sortie du 16 septembre 2017
Derrière ce chalutier, il y avait environ 3 % de la population mondiale de puffin des Baléares ! En effet, le puffin des Baléares est très rare (environ 20 000 individus), et il y en avait environ 500 individus derrière ce bateau... faites le calcul.

Derrière ce chalutier, il y avait environ 3 % de la population mondiale de puffin des Baléares ! En effet, le puffin des Baléares est très rare (environ 20 000 individus), et il y en avait environ 500 individus derrière ce bateau... faites le calcul.

Puffin des Baléares et dauphins communs.
Puffin des Baléares et dauphins communs.

Puffin des Baléares et dauphins communs.

Préservons la biodiversité marine du Mor Braz (Morbihan) : sortie du 16 septembre 2017

Et surtout, un groupe de plus de cent dauphins (essentiellement du dauphin commun, 2 ou 3 grands dauphins) a provoqué des émotions très intenses chez les observateurs présents, mais aussi chez l’équipage du navire de la Navix, enthousiasmé de découvrir un pareil spectacle.

Dauphins communs.
Dauphins communs.
Dauphins communs.

Dauphins communs.

Nous espérons que désormais, ces 70 personnes deviennent à leur tour des ambassadeurs de la préservation de la nature en général, et de cet océan magnifique en particulier.

Une scène amusante : ce fou de Bassan est obligé de décoller vite fait à cause de l'arrivée d'un groupe de dauphins communs !
Une scène amusante : ce fou de Bassan est obligé de décoller vite fait à cause de l'arrivée d'un groupe de dauphins communs !
Une scène amusante : ce fou de Bassan est obligé de décoller vite fait à cause de l'arrivée d'un groupe de dauphins communs !

Une scène amusante : ce fou de Bassan est obligé de décoller vite fait à cause de l'arrivée d'un groupe de dauphins communs !

La mythique mouette de Sabine.
La mythique mouette de Sabine.
La mythique mouette de Sabine.

La mythique mouette de Sabine.

Nous savons que nous n’avons pas pu emmener ni même informer tout le monde cette année. Si vous voulez être prévenus en priorité, le plus simple est encore d'adhérer à l’association Bretagne Vivante, section Ornithologie ! Rendez-vous l’an prochain pour une nouvelle sortie ?

Préservons la biodiversité marine du Mor Braz (Morbihan) : sortie du 16 septembre 2017

Voici aussi deux vidéos pour donner une idée de l'ambiance !

L'île Dumet. Arc en ciel sur l'océan.
L'île Dumet. Arc en ciel sur l'océan.

L'île Dumet. Arc en ciel sur l'océan.

Voici quelques conseils de Bretagne Vivante pour préserver les milieux maritimes bretons : Aujourd’hui, partout sur la planète, les océans sont menacés. Et les étendues marines bretonnes ne sont pas épargnées. Pollutions, surpêche, réchauffement climatique : les effectifs d’oiseaux, de mammifères marins et de poissons sont en chute libre.

 

-Pour les locaux et les touristes de passage : encourager la pêche durable, notamment en achetant du poissons en priorité aux ligneurs, si possible directement aux pêcheurs ou aux poissonniers locaux.

 

-Même si cela peut être tentant, il ne faut pas nager avec les dauphins, ni les toucher : non seulement c’est potentiellement dangereux (même sans le faire exprès, un coup de nageoire peut être fatal), mais cela dérange fortement ces animaux. Pour les plaisanciers : ne jamais poursuivre un
groupe de dauphins pour les voir plus près, c’est un énorme dérangement et, par ailleurs, vous ne réussirez qu’à les faire fuir et plonger. La meilleure façon d’observer les dauphins est de couper le moteur et de les laisser venir. En les respectant, leur curiosité naturelle vous offrira souvent un beau spectacle.

 

-Bien sûr, ne jamais rien jeter à la mer : les oiseaux, mammifères et autres habitants des océans peuvent s’étouffer avec un bout de plastique malencontreux.

Tandis que le ciel se couvre, un grand labbe plane au ras des vagues.

Tandis que le ciel se couvre, un grand labbe plane au ras des vagues.

Merci à Bretagne Vivante, à l’équipage de la Navix qui s'est parfaitement débrouillé pour cette première fois à la recherche des oiseaux de mer et notamment à son capitaine Sébastien Perron, ainsi qu'à tous les amis de la Mor Braz Team. Ces photos et vidéos ont été prises hier après-midi (photos : Elise, vidéos : Philippe).

Publié dans Biodiversité sauvage

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Une p'tite chanson pour les dauphins

Publié le par lesbiodiversitaires

Pour le partage, voici une vidéo de dauphins tournée fin août dans la cadre du projet d’études dans le Mor Braz.


Une bande de dauphins communs d'une trentaine d'individus est venue ce jour-là entourer le bateau, émerveillant comme toujours les observateurs.

Avec en prime en arrière-fond une petite chanson finale interprétée par Yves B. !

Publié dans Biodiversité sauvage

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17e concours international de photo nature de la réserve naturelle des Marais de Séné : des hippopotames primés

Publié le par lesbiodiversitaires

Avis aux Bretons, jusqu’au 15 septembre à la réserve naturelle des Marais de Séné, près de Vannes, on peut aller visiter l’exposition de photographies nature issue du concours organisé cette année encore par la réserve.

17e concours international de photo nature de la réserve naturelle des Marais de Séné : des hippopotames primés

177 photographes de France et de l’étranger ont participé cette année au concours, présentant pas moins de 1 842 photographies ! Beaucoup d’animaux, des plantes et des paysages aussi. Pas facile de choisir parmi toutes ces photos (Elise faisait cette année partie des membres du jury).

Ce concours est un rendez-vous à ne pas manquer pour les photographes, professionnels ou amateurs. Pensez-y pour l’an prochain !

Voici les photos primées. Elles sont ici toutes petites, il faut aller les voir en vrai, en grand, à la réserve.

A noter que des hippopotames ont obtenu le premier prix : un animal auquel on ne penserait pas au premier abord et qui possède pourtant un esthétisme bien à lui. On voit bien ici la puissance et la densité hors norme de cet animal, qui sous son air placide est en réalité l’un des plus dangereux au monde, celui avec lequel il y a le plus d’accidents en Afrique, extrêmement redouté par les Africains. Un hippo, ce n’est pas du tout si pataud que cela en a l’air, ça vous course en un éclair. Bien qu'herbivore, la bestiole est assez susceptible si l'on entre sur son territoire.

Il y a quelques années nous avons rencontré là-bas une Sud-africaine attaquée, qui a survécu et qui en parlait des années plus tard avec encore de l’angoisse dans la voix : selon elle, la méthode pour s'en sortir, si vous êtes coursé par un hippopotame, c'est de courir en zigzagant. Un peu comme pour les taureaux en fait : pris par sa propre masse lancée en pleine course, il a moins de facilités à suivre les zigzags. Mais si vous courez en ligne droite, il vous chope (de toute façon, observez les poules ou les lapins : coursés, ils ne s’enfuient jamais en ligne droite !). Mais bon, à part en photo à la réserve de Séné, il y a encore assez peu de chances de croiser des hippopotames dans le Morbihan… (quoique).

Les photos primées :

Catégorie « Nature sauvage »

1er prix : « Panique chez les hippopotames », Nicolas de Vaulx

17e concours international de photo nature de la réserve naturelle des Marais de Séné : des hippopotames primés

2ème prix : « Désert de Gobi », Marie-Louise Bernard.

17e concours international de photo nature de la réserve naturelle des Marais de Séné : des hippopotames primés

Catégorie « Oiseaux »

1er prix : « Le surfer », Jari Heikkinen

17e concours international de photo nature de la réserve naturelle des Marais de Séné : des hippopotames primés

Publié dans Biodiversité sauvage

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Un haut lieu de biodiversité bretonne : la réserve des Sept-Îles

Publié le par lesbiodiversitaires

Un haut lieu de biodiversité bretonne : la réserve des Sept-Îles

Voici quelques photos prises hier après-midi dans l’archipel des Sept-Îles (Côtes d’Armor), avec le conservateur de la réserve en personne, Pascal Provost, qui a eu la gentillesse d’emmener ses amis faire le tour des îles à l’occasion de son anniversaire ! Cette balade magnifique est réalisable par tous : nous nous sommes contentés d’embarquer sur l’un des navires locaux qui propose ce circuit à tous les amoureux de nature.

La réserve naturelle des Sept-Îles est l’une des plus anciennes de France, puisqu’elle a été créée en 1912 par la LPO pour protéger un petit oiseau devenu emblématique : le macareux moine.

On ne se lasse pas des macareux moines, sur fond de mer dorée !
On ne se lasse pas des macareux moines, sur fond de mer dorée !
On ne se lasse pas des macareux moines, sur fond de mer dorée !
On ne se lasse pas des macareux moines, sur fond de mer dorée !

On ne se lasse pas des macareux moines, sur fond de mer dorée !

Ce petit oiseau marin au bec coloré reste, encore aujourd’hui, extrêmement rare en France. Il ne niche plus qu'aux Sept-Iles avec des effectifs réduits (moins de 200 couples). L'avenir du "perroquet-de-mer" reste incertain. Pollution des mers, tempêtes, réchauffement climatique, autant de facteurs qui semblent s'acharner sur cette espèce.

Fulmar boréal

Fulmar boréal

La réserve naturelle est également célèbre pour son île Rouzic, qui abrite la seule colonie française de fous de Bassan, ce célèbre oiseau de mer qui trouve ici un lieu préservé pour se reproduire.

La population est d'environ 20 000 couples - elle est stable. Cependant, le succès de reproduction donne des signes d'inquiétude, les adultes devant à présent aller chercher les poissons de plus en plus loin de la colonie dans des mers qui se réchauffent...

L'île Rouzic : la zone blanche est constituée de couples de fous de Bassan, posés là, les uns contre les autres !

L'île Rouzic : la zone blanche est constituée de couples de fous de Bassan, posés là, les uns contre les autres !

Si l'on voit les fous de Bassan un peu partout sillonner les mers bretonnes, ils ne nichent qu'ici !
Si l'on voit les fous de Bassan un peu partout sillonner les mers bretonnes, ils ne nichent qu'ici !
Si l'on voit les fous de Bassan un peu partout sillonner les mers bretonnes, ils ne nichent qu'ici !

Si l'on voit les fous de Bassan un peu partout sillonner les mers bretonnes, ils ne nichent qu'ici !

Un haut lieu de biodiversité bretonne : la réserve des Sept-Îles
Un haut lieu de biodiversité bretonne : la réserve des Sept-Îles

On trouve également dans la réserve des mammifères marins, comme le phoque gris qui s'y reproduit. C'est même l'une des plus grosses colonies françaises.

Mâle de phoque gris se prélassant sur un rocher.

Mâle de phoque gris se prélassant sur un rocher.

De nombreuses autres espèces d'oiseaux nichent sur cette réserve. C'est le cas du pingouin torda et du guillemot de Troïl, proches cousins du macareux moine. De même le fulmar boréal, et l'huitrier pie s'y reproduisent. L'archipel héberge enfin le faucon pèlerin.

Guillemot de Troïl

Guillemot de Troïl

Sur la gauche, couple de fous de Bassan en train de parader.

Sur la gauche, couple de fous de Bassan en train de parader.

La préservation de tous ces magnifiques animaux n'est possible que grâce au travail passionné et acharné, depuis des dizaines d'années, de toute l'équipe de la Réserve des Sept-Iles, qui allie parfaitement rigueur scientifique et sensibilisation du grand public.

N'hésitez pas à aller voir ou revoir cette réserve naturelle accessible à tous et surtout à soutenir ceux qui permettent son existence ! Car même si l'écologie devient (enfin !) un mot  dont beaucoup se revendiquent à présent (jusqu'à il y a peu, c'était plutôt un gros mot !), tout cela reste extrêmement fragile et, dans les faits, les moyens donnés à la protection de l'environnement restent ridicules. N'oublions pas que ces derniers mois encore en France la plupart des associations de protection de la nature étaient menacées, entravées et obligées de licencier. Pourtant, sans elles, des lieux sublimes comme les Sept-Iles n'existeraient pas, et il y aurait longtemps que macareux et fous de Bassan ne nicheraient plus dans notre pays. 

Alors bravo les amis pour votre travail remarquable et un très grand merci à Pascal pour ces moments magiques !

Un haut lieu de biodiversité bretonne : la réserve des Sept-Îles

Publié dans Biodiversité sauvage

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Des conséquences des renards sur les crêpes

Publié le par lesbiodiversitaires

Des conséquences des renards sur les crêpes

Ce printemps, le renard a encore sévi.
Il a mangé le gros coq de race marans du poulailler, bien dodu !
Bon, l’un dans l’autre, ne plus avoir de coq pour poursuivre la voisine et la factrice, ce n’est pas un mal. Parce que D’jo Coco, pour se taper la honte dans le voisinage, c’était quand même le plus fort !
Ce curieux volatile avait aussi la particularité de pratiquer la mendicité. Il faisait la tournée des voisins, frappant aux vitres jusqu’à ce qu’ils lui donnent quelque chose de bon à manger. En grandissant, il se mit aussi en tête de monter la garde, mission qu’il accomplit avec une grande conscience professionnelle. Alors finir dans le ventre du renard, après une vie aussi courte qu’intense à faire le malin dans tout le quartier, est une mort honorable.

(Décision n°1 : fini les coqs, il n’y aura plus que des poules au poulailler !)

Des conséquences des renards sur les crêpes
Des conséquences des renards sur les crêpes

Tout ça pour dire que le printemps est le moment stratégique dans tous les poulaillers, car les renards, qui ont leurs petits à nourrir, sont prêts à prendre bien plus de risques qu’à l’ordinaire. Ce renard n’est pas venu de nuit, mais de jour, à un moment où tous les êtres humains du coin étaient absents (preuve qu’il observe bien).
La poulette en a réchappé, car elle se trouvait hors du poulailler (décision n°2 : terminé les volières en grillage, en cas d’attaque, les poules s’y trouvent coincées…). Elle a été exfiltrée chez des amis. Parce que quand le renard a trouvé un poulailler intéressant, il revient.

Renardeau gambadant dans le pré des chevaux !Renardeau gambadant dans le pré des chevaux !

Renardeau gambadant dans le pré des chevaux !

Des amours de feu D’jo Coco et sa poule, il y avait 5 œufs dans le frigo, destinés à faire de bonnes crêpes. Miam ! Oui mais voilà, d’un coup, la lignée de ces poules marans venues l’an dernier sous forme d’œufs de chez Victor Couapel allait s’éteindre ! Tous ces efforts pour rien !
Or il y a quelques années, Perrine, une ancienne collègue aussi éleveuse de poules Noire de Challans, avait donné le tuyau suivant : « Même gardés au frigo, les œufs de poule fécondés, si vous les mettez finalement à couver, cela donne sans problème des poussins ! »
Appel fut donc passé à tous les copains éleveurs de cocottes du secteur. Avez-vous une poule qui s’apprête à couver ? « Ah oui, j’en ai une qui se tâte », répondit justement François (les histoires de couvaison, ça tombe toujours sur lui). (Décision n°3 : les œufs de D'jo Coco ne serviront pas à faire des crêpes) Les 5 œufs partirent donc directement du frigo bien froid jusque à Lorient, et furent mis sous le croupion bien chaud d’une brave coucou de Rennes.

Cette dernière fit de bon cœur son devoir, puisque 5 poussins ont éclos. 100 % de réussite. Donc oui, les œufs fécondés, même après un passage de plusieurs jours au frigo, restent utilisables !

Des conséquences des renards sur les crêpes
Merci à François pour les photos des poussins ! On voit déjà les petites plumes sur les pattes, typique des poules marans.Merci à François pour les photos des poussins ! On voit déjà les petites plumes sur les pattes, typique des poules marans.

Merci à François pour les photos des poussins ! On voit déjà les petites plumes sur les pattes, typique des poules marans.

La vie est toujours pleine de surprises et de détours, puisque, finalement, ces 5 petits poussins qui piaillent joyeusement dans l’herbe doivent d'être nés… au renard ! 

Mais que cette histoire ne vous empêche pas de manger des crêpes !! 

Des conséquences des renards sur les crêpes

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Les Biodiversitaires ont 6 ans !

Publié le par lesbiodiversitaires

Les Biodiversitaires ont 6 ans !

Le blog a démarré en 2011. Et on espère avoir contribué, à notre niveau, à créer du lien entre le monde de la biodiversité sauvage et celui de la biodiversité domestique !

Notre idée reste de générer des passerelles entre ces deux univers, de faire découvrir aux naturalistes les races domestiques à petits effectifs, de faire entrevoir aux éleveurs certains aspects de la nature sauvage, de faire partager à tous des émotions, des informations ou des réflexions autour de la nature et d’une certaine idée de l’agriculture.

Actuellement, chaque mois, 4 000 à 5 500 personnes consultent le blog. Près de 200 000 personnes sont venues depuis sa création, consulter les 200 articles déjà publiés, ce qui est encourageant pour des sujets un peu confidentiels sur la biodiversité sauvage et domestique !

C’est un travail bénévole que nous réalisons. Aussi, n’hésitez pas à nous dire quand cela vous plait, pour que cela ait du sens pour nous de continuer.

Par ailleurs, à partir d’aujourd’hui (et pour faire plaisir à une amie qui se reconnaîtra !), les articles du blog seront diffusés aussi sur une page publique Facebook ici.
Philippe sera le contact de cette page. D’anciens articles, pour ceux qui veulent découvrir (ou redécouvrir) le blog, seront diffusés en alternance avec les derniers articles en date. Ainsi que quelques photos qui n'auraient pas fait l'objet d'articles sur le blog, ou qui ont simplement été prises récemment sur le terrain.

A bientôt !

Les Biodiversitaires ont 6 ans !

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Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Publié le par lesbiodiversitaires

Pour les personnes un peu sauvages, l’hiver se prête à merveille à la visite des sites historiques : ils sont quasi déserts ! Ce qui permet de les découvrir sous un tout autre angle, et de s’apercevoir qu’avec leurs vieilles pierres et leurs anfractuosités, ils sont souvent appréciés des oiseaux.

Delphes aux tous premiers jours de février. Soleil superbe et déjà une température clémente. Site de l’Oracle, presque désert. Entre les colonnes, les pierres blanches laissées à même le sol, le théâtre, poussent quelques cyprès et pointent déjà le jaune et le blanc des premières fleurs. Au fond, le mont Parnasse, en partie enneigé. Rougegorges et rougequeues noirs, mais aussi des dizaines de fauvettes à tête noire, tous hivernants, se sont donnés rendez-vous à l’omphalos, le nombril du monde puisque c’était là, selon les anciens Grecs, qu’il était censé être. Le grand ornithologue suisse, Paul Géroudet, dans son texte introductif sur la fauvette de Rüppell, tout à fait inféodée à cette région, évoque le chant de l’espèce « dans les ruines vénérables [de Delphes] enchâssées dans une nature tragique de grandeur ». Il est trop tôt en saison pour l’entendre.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Mais celle qui couvre de ses vocalises tous les autres oiseaux est la sittelle de Neumayer, cousine « minérale » de notre sittelle torchepot. Elle fréquente en effet les falaises, les roches, les escarpements et se trouve bien à l’aise au sommet d’une colonne ou entre des blocs de pierre taillée. Les oiseaux paradent et les mâles, avec leur tuituituituitui sonore allant en s’accélérant, monopolisent l’espace vocal. Le monticole bleu se fait du coup bien discret. Et partout, curieux et effrontés, les rougegorges accompagnent la visite.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Plus au nord, dans les Météores, le paysage est tout autre. C’est encore l’hiver et certaines routes sont bloquées par la neige… Les impressionnants pitons rocheux, surmontés d’un monastère, sont bien austères sous le ciel gris. Les oiseaux se montrent particulièrement discrets, hormis les mésanges charbonnières qui sont déjà à la noce et, une fois encore, quelques sittelles de Neumayer qui mettent un peu d’ambiance. Un geai glisse furtivement entre deux à-pics rocheux, un grand corbeau croasse lugubrement tandis qu’il s’enfonce dans un dédale de roches. Vu l’endroit et les falaises impressionnantes, c’est le moment de chercher le tichodrome échelette qui est tout à fait chez lui. Malgré un scan consciencieux des parois, nous ne trouvons rien… sauf une petite chevêche blottie dans une anfractuosité du rocher, et qui semble gelée.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Le lendemain matin, avec un franc soleil, nous poursuivons la visite des monastères ouverts à cette période de l’année. A celui du Grand Météore nous trouvons enfin un tichodrome qui volète et escalade en soubresauts la paroi de la falaise, juste en contrebas du chemin ! Oui, mais des touristes arrivent aussi avec leurs éclats de voix. L’oiseau va-t-il décoller ? Eh bien non : indifférent aux bruits et aux mouvements, il continue son inspection systématique de tous les petits trous de la roche à la recherche d’animalcules, nous permettant de superbes observations. Puis d’un coup, il décolle de son vol papillonnant et rose.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

À Athènes, nous nous limitons cette fois-ci à l’Acropole et son Parthénon. Le temps est plus que printanier. C’est sans doute en partie pour cela qu’il y a déjà pas mal de monde sur le site (mais bien moins qu’en été). Les insectes sont sortis : abeilles, moro-sphinx, papillons, etc. Les fleurs abondent déjà. Et nous ne sommes qu’au tout début de février.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Hormis les pigeons et quelques rares pies, pas grand-chose autour du Parthénon. C’est dans les bosquets de pins et de cyprès autour que l’on trouve les oiseaux : sempiternels rougegorges et rougequeues noirs, mais aussi la fauvette mélanocéphale qui chante déjà et pousse ses crécelles caractéristiques. Et un couple de bergeronnettes grises qui s’active discrètement à construire son nid entre des blocs de pierre, à quelques mètres seulement du chemin où défilent des dizaines de touristes.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

A 70 km au sud d’Athènes, le cap Sounion pointe fièrement son éperon dans la mer Egée. Il abrite aussi le temple dédié à Poséidon, le dieu de la Mer. Les deux membres de la Mor Braz Team que nous sommes se devaient d’aller voir ce haut-lieu pour tous les marins. Là encore, le site est presque désert et nous profitons d’une petite brise ensoleillée de fin de journée pour admirer le site. Au large, des puffins yelkouans sont en pêche, tandis qu’un faucon pèlerin rase la falaise. Mais les cerbères du lieu sont les goélands (leucophées) qui patrouillent inlassablement dans les airs et nous fixent de leur œil dur et jaune en nous gratifiant de gèkgèkgèk presque menaçants. A terre, les gardiens sont plus débonnaires. Ce sont des perdrix choukars qui sont aussi nombreuses que peu farouches et qui se promènent allègrement sur le parterre du temple.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Plus loin sur la falaise, invisible pour le non-naturaliste, une chevêche d’Athéna surveille l’horizon : c’est un sentiment particulier de trouver dans ces lieux mythiques cet oiseau dévolu à la déesse grecque de la sagesse.
Le temple de Poséidon est un lieu empreint de quiétude et de sérénité, quelque chose qui monte du fond de l’océan et semble résonner sur le cap depuis la nuit des temps. Au loin, le chant râpeux trahit la présence d’une fauvette mélanocéphale. Pour elle aussi, le printemps est arrivé.

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Quelques nouvelles du printemps

Publié le par lesbiodiversitaires

Quelques nouvelles du printemps

Ne laissez pas passer le printemps, le temps de vous retourner, et ce serait l’automne.

Quelques nouvelles du printemps

Oubliez un instant le travail, les soucis, la famille, les contraintes, éteignez vos ordis, vos portables, vos télés, et allez profiter du soleil léger, des fleurs en train d’éclore, des oiseaux qui roulent leurs trilles, des parfums de miel et de terre fraîche, de toute la poussée de sève de la nature qui se réveille dans sa beauté douce et tendre, simple et facile, dans l’évidence paisible de la vie.

Quelques nouvelles du printemps

(Fleurs et chatons de saule de l’île d’Yeu, Vendée, 25 mars 2017)

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Bernache à cou roux : à la recherche de la plus belle oie du monde

Publié le par lesbiodiversitaires

Bienvenue en Bulgarie !

Bienvenue en Bulgarie !

Pour la plupart des ornithologues occidentaux, la bernache à cou roux est un oiseau mythique. Bariolée comme un arlequin, et en danger de disparition, elle est un Graal pour tous les amateurs d’oiseaux.

La bernache à cou roux est une petite oie qui niche dans l’extrême nord de la Sibérie, notamment dans la péninsule du Taïmyr. Avec l’arrivée de l’hiver, elle descend passer la mauvaise saison en Ukraine, Roumanie et Bulgarie, en passant par la vallée de l’Ob, puis le Kazakhstan. Victime d’une chasse effrénée malgré la protection complète dont elle jouit, la bernache à cou roux est devenue très rare.
Il est vrai que ses effectifs ont toujours fait l’objet de discussions et qu’elle fut, notamment au milieu du XXe siècle, particulièrement rare (20 000 oiseaux ?). Des effectifs plus importants ont été comptés, notamment dans les années 1990, culminant à 70 000 individus. Les chiffres actuels restent contradictoires mais on suppose qu’elle ne doit pas dépasser les 50 000 ou 60 000 oiseaux, au moins dans l’aire connue d’hivernage (Ukraine à Bulgarie). Peut-être existe-t-il des lieux d’hivernage jusqu’ici inconnus et plus à l’est encore ?
La toundra sibérienne dans laquelle elle se reproduit est menacée par le changement climatique, car la forêt (taïga) gagne peu à peu. Sur ses lieux d’escale, comme au Kazakhstan, elle est chassée sans vergogne et des centaines d’oiseaux sont tués chaque année sans atteindre leurs quartiers d’hivernage.
En Ukraine, on ignore ce qu’il lui advient. En Roumanie, mais aussi en Bulgarie, on la chasse bien qu’elle soit protégée. En réalité, la chasse aux oies grises est autorisée, mais comme elle se pratique aussi de nuit ou à la passée, il est clair que bien des bernaches à cou roux tombent sous les plombs. Puis reste le trophée d’avoir abattu une superbe espèce dont la dépouille ornera la cheminée. D’autant que le tourisme cynégétique est encore prisé dans ces deux pays.
Si l’hiver est doux, les oiseaux sont présents surtout en Ukraine ou en Roumanie, non loin du delta du Danube. Mais dès qu’un coup de froid survient, les oiseaux poussent vers le sud et se retrouvent dans le nord-est de la Bulgarie, en Dobroudja frontalière avec la Roumanie.

Bernache à cou roux en mer - Durankulak, Bulgarie, février 2017

Bernache à cou roux en mer - Durankulak, Bulgarie, février 2017

C‘est là que nous avons décidé d’aller à sa rencontre, en février 2017. Un ami ornithologue s’y est rendu en janvier, au moment où un sévère coup de froid frappait l’Europe de l’Est. Il a vu 10 000 oiseaux. Mais le froid perdurant, certains sont partis plus au sud, dans la région côtière de Bourgas (ou Burgas). Lorsque qu’à la mi-janvier, un autre collègue est revenu lui aussi de Bulgarie, il n’était pas optimiste car après le froid, un redoux aussi spectaculaire était arrivé et les oiseaux étaient remontés vers le nord, laissant le secteur de Durankulak - où nous devions séjourner - très vide.

Bernaches à cou roux, région de Durankulak (crédit Bed & Birding).

Bernaches à cou roux, région de Durankulak (crédit Bed & Birding).

Arrivés à Sofia, nous roulons jusqu’à Bourgas, car nous avons appris qu’il y avait 4 500 oiseaux dans le secteur. Dès notre arrivée sur place, nous recherchons les oiseaux. En vain… Le soir, le bilan s’élève à… 6 bernaches à cou roux. Déception dans les rangs.
Le lendemain nous partons à la recherche des oiseaux, fouillons les grandes bandes d’oies rieuses qui pâturent dans des champs immenses et bien souvent inaccessibles. Rien. Pas la queue ni le cou roux d’une bernache. Enfin, si : une.

Nos six premières bernaches à coux de Bourgas. Et les seules...

Nos six premières bernaches à coux de Bourgas. Et les seules...

...malgré la présence voisine d'une troupe de cygnes chanteurs.

...malgré la présence voisine d'une troupe de cygnes chanteurs.

Direction : Durankulak
Après cet échec, nous filons alors vers l’extrême nord-est, à Durankulak, à deux pas de la frontière roumaine où nous retrouvons Pavel Simeonov qui tient un gîte ornithologique, dominant le lac de Durankulak. C’est là que des milliers d’oies et de bernaches viennent passer la nuit quand le lac n’est pas gelé. Mais le lac est gelé… Comme tous les lacs de la région. Pavel  ne sait pas où sont passés les oiseaux. La chasse, qui vient juste de fermer, les a beaucoup perturbés. La succession d’un froid intense et d’un redoux subit également. Comble de malchance, alors que nous avions un temps ensoleillé à Bourgas, ici c’est le gris qui domine et les prévisions ne sont pas bonnes. Bilan du premier jour : 20 bernaches en tout et pour tout. Ça commence à sentir le roussi… Il y a certes d’autres oiseaux à découvrir et à regarder, mais tout de même.

L'observation d'un rare goéland ichthyaète ne nous fait pourtant pas oublier les bernaches !

L'observation d'un rare goéland ichthyaète ne nous fait pourtant pas oublier les bernaches !

Le moral un peu dans les chaussettes, nous nous levons le matin suivant pour constater que nous avons du mal à voir nos pieds, tant le brouillard est épais. Malgré tout, tenaillés par l’envie de voir la petite oie sibérienne au plumage chamarré de noir, de blanc et de rouge, nous arpentons les plaines sous un froid qui commence à pincer. Pavel, malgré notre trentaine de bernaches au compteur ce soir-là, est optimiste. Le froid va faire revenir les oiseaux.

Malgré la grisaille du matin suivant, nous voici dehors. En longeant le littoral par une piste dantesque, sur laquelle nous louons la bonne idée d’avoir pris un 4x4 (indispensable pour circuler ici, avait prévenu Pavel), nous apercevons un petit groupe d’oies, au-dessus de la mer agitée, qui filent vers le nord, malgré le froid et le vent. Des bernaches à cou roux ! Bientôt un second puis un autre groupe plus important sont observés. Pavel est tout surpris : seraient-ce les bernaches de Bourgas ? Mais pourquoi remonteraient-elles alors qu’il fait froid ? Regagnent-elles, malgré tout, leurs sites d’hivernage traditionnels ? Savent-elles que le froid, certes intense, ne sera pas (plus) exceptionnel avec le printemps qui se rapproche ? Branta ruficollis, car tel est son nom scientifique, garde bien ses secrets. Toujours est-il nous que trouvons enfin un premier groupe à l’effectif conséquent dans un champ de blé d’hiver, pâturant avec 1 200 oies rieuses. Il n’y en a guère plus d’une trentaine, à près d’un kilomètre de distance, mais c’est déjà ça !

Dans la brume épaisse, on distingue mal les bernaches à cou roux des oies rieuses, mais l'ambiance est là.

Dans la brume épaisse, on distingue mal les bernaches à cou roux des oies rieuses, mais l'ambiance est là.

Le jour suivant, nous décidons d’aller vers la frontière roumaine où les oiseaux s’étaient regroupés début janvier avant le coup de froid. C’est Pavel qui trouve le groupe : 1 600 bernaches, dans un champ immense, avec autant d’oies rieuses. Mais elles sont loin, la brume est tenace et un vent sibérien balaie la plaine. Nous avons trouvé refuge à la lisière d’un petit boqueteau. Transis de froid, les collègues jettent l’éponge au bout d’une bonne heure. Elise aussi. J’ai le Graal à portée de main : pas question de partir. Pendant trois heures, immobile comme une statue, j’observe les oiseaux qui, peu à peu, se rapprochent. Régulièrement elles décollent et c’est un concert d’appels qui résonne dans l’air. Un concert de petits cris aigus qui évoquent ceux d’un… canard en plastique !

Totalement gelé, il faut rentrer avec la nuit qui tombe. Le soir, dans le lit chaud, on se repasse les envols et les appels dans le froid et la brume. Et on s’endort en pensant à demain.

… Et demain est le dernier jour. Le brouillard est parti mais pas la grisaille. Ni le froid qui s’est installé pendant la nuit apportant avec lui un vilain grésil qui gèle direct sur la voiture. Des litres et des litres d’eau chaude sont nécessaires pour dégeler les vitres. Quant à la route, on la dirait construite pour accueillir le championnat du monde de patinage artistique ! Direction les champs d’hier. Rien. On pousse alors un peu vers la mer, avec prudence vu l’état de la chaussée. Et là, dans un champ de blé d’hiver, deux grosses taches noires : de milliers de bernaches à cou roux qui pâturent en compagnie d’oies rieuses. On dirait tout à la fois des chenilles processionnaires et un troupeau de moutons, avançant, tête baissée. On gare la voiture en bordure de route et on attend. Des groupes viennent alors à moins de 300 m. Enfin, les voilà plus proches.

Elles se posent... (crédit Bed & Birding)

Elles se posent... (crédit Bed & Birding)

Et pendant ce temps, les vols se suivent et se posent. Des dizaines, des centaines, qui, à peine à terre, commencent à pâturer frénétiquement. On voit sur leurs ailes la glace qui s’est fixée aux plumes et qui doit rendre leur vol pénible. Le moindre mouvement, une voiture qui passe, et la troupe décolle, se scinde, puis revient. Elles n’ont pas encore tout à fait compris que la chasse est terminée et on imagine facilement le stress qu’elles ont enduré tout au long de l’hiver. Décidément la vie de bernache n’est pas facile.

A chaque voiture qui passe, les oiseaux décollent, mais se reposent aussitôt.

A chaque voiture qui passe, les oiseaux décollent, mais se reposent aussitôt.

Les bernaches pâturent frénétiquement (crédit Bed & Birding).

Les bernaches pâturent frénétiquement (crédit Bed & Birding).

Malgré le froid et le vent, nous filmons les oiseaux qui arrivent sans cesse.

On pense alors aussi à toutes leurs collègues captives qui font les délices des amateurs ou des parcs animaliers, car l’espèce est tenue en captivité du fait de son plumage magnifique. Ces oiseaux ne connaîtront jamais la toundra fleurie du printemps, ni les steppes brûlées de soleil, ni les bords de la mer Noire. Et ni les plombs tueurs. La vie d’une oie sauvage est plus dangereuse, mais aussi plus palpitante, non ?

Combien avons-nous de bernaches devant nous à cet instant ? 5 000 ? 6 000 ? Sans doute. Peut-être plus d’un dixième de la population mondiale, sur quelques hectares de blé bulgare. Enfin la quête a payé. Le Graal est atteint. Elles sont là, devant nous, superbes et mystérieuses, tout affairées à pâturer. Et levant régulièrement le cou pour voir ce que les drôles d’oiseaux dans leur voiture sont en train de manigancer.

Quel spectacle !

Quel spectacle !

Bernache à cou roux : à la recherche de la plus belle oie du monde

Les bernaches pâturent en compagnie des oies rieuses (on voit la glace qui s'est fixée sur les plumes).

 

Aller voir les bernaches à cou roux 

Pour ceux qui sont tentés par ce spectacle fabuleux, un petit tour à Durankulak, en Bulgarie s’impose. Il faudra se rendre chez Pavel Simeonov dont l‘accueil chaleureux et la connaissance parfaite des oiseaux aideront à rendre le séjour plus agréable encore. Sa femme, Tatyana, d’origine biélorusse, fait une cuisine succulente. Pour plus d’infos, voir le site. Le gîte est membre du réseau Bed & Birding qui, à travers le monde propose des accueils au sein même de sites ornithologiques renommés.

Et le bonus de fin !
Avant de consacrer sa vie aux bernaches à cou roux, Pavel était musicien professionnel, lui-même fils d’un musicien bulgare. Au piano essentiellement, mais pour fêter nos observations, il a repris ce soir-là la flûte traversière de sa jeunesse, dont il n'avait pas joué depuis longtemps !

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