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Réseau Paysans de nature : quand des agriculteurs protègent l’environnement

Publié le par lesbiodiversitaires

Ils sont quelques dizaines en France, principalement dans l’Ouest. Des pionniers, qui vont bien plus loin que la simple production en « bio ». Naturalistes devenus paysans, surtout, mais aussi paysans devenus gardiens et gestionnaires avisés de la nature. Leur but commun : réconcilier nature et agriculture.

Il est tout aussi connu dans le monde de la protection de la nature que dans celui de la préservation des races agricoles à petits effectifs : Frédéric Signoret, le leader du réseau Paysans de nature, est un naturaliste. Il est même le président de la Ligue pour la protection des oiseaux en Vendée (LPO). Mais c’est également un paysan, éleveur de vaches maraîchines, en bio. Le tout sur l’un des sites naturels les plus riches de l’ouest de la France : le Marais Breton, en Vendée. Ici les animaux paissent sur des prairies humides où nichent vanneaux, barges à queue noire ou chevaliers gambettes.

Barge à queue noire

Barge à queue noire

Frédéric est loin d’être un doux rêveur : c’est un homme de conviction et d’entreprise. Il sait manager sa ferme avec clairvoyance. Ses vaches, de race Maraîchine, appartiennent à une race à petits effectifs. La viande est vendue en circuit court. Les terres sont des espaces naturels sous haute surveillance car incomparables en France. Avec sa méthode douce d’élevage, respectueuse de la biodiversité sauvage, Frédéric Signoret a restauré un équilibre unique entre le domestique et le sauvage. Entre production et conservation. Il vit, il vit bien et se permet même de partir 3 semaines en vacances par an. Qui dit mieux ?

Frédéric Signoret et cobs normands. Crédit photo : ADEAR85

Frédéric Signoret et cobs normands. Crédit photo : ADEAR85

Paysans de nature est donc un réseau de fermes qui prend en compte la biodiversité sauvage comme un élément totalement intégré à la gestion de l’exploitation agricole. Chaque ferme est un conservatoire. Et pas que d’espèces remarquables. Mais aussi de ce que l’on appelle la nature « ordinaire », indispensable à notre vie. L’objectif de ce réseau est la valorisation, la promotion et la diffusion d’expériences agricoles vertueuses.

Crédit photo : Marion Lemonnier

Crédit photo : Marion Lemonnier

Linotte mélodieuse

Linotte mélodieuse

Les associations environnementales sont dépositaires de la charte qui lie les « paysans de nature ». Cette charte engage chacun d’eux à respecter et à valoriser la biodiversité sauvage. En retour, les associations (comme la LPO par exemple) forment les paysans qui en ont besoin à cette démarche et les aident à valoriser leur travail.

Crédit photo : Alain Rétrif à gauche - Tarier pâtre mâle à droiteCrédit photo : Alain Rétrif à gauche - Tarier pâtre mâle à droite

Crédit photo : Alain Rétrif à gauche - Tarier pâtre mâle à droite

On trouve au sein de Paysans de nature des personnalités et des exploitations variées. Ainsi, Jean-Noël Pitaud, saunier sur l’île de Noirmoutier qui exploite un sel de très haute qualité et qui protège en même temps une colonie d’avocettes élégantes ! Sur le rebord de ses marais salants, de temps en temps, il trouve des traces de loutres…

Jean-Noël Pitaud, à Noirmoutier. Crédit photo : Alain Rétrif

Jean-Noël Pitaud, à Noirmoutier. Crédit photo : Alain Rétrif

Crédit photo : Alain Rétrif

Crédit photo : Alain Rétrif

Ailleurs ce sera un travail de conservation d’une population d’orchidées sauvages avec le pâturage raisonné de moutons, là, la protection d’insectes rares avec une gestion intelligente de la fenaison.

Crédit photo : J-L Ronne (à gauche) - Lièvre à droiteCrédit photo : J-L Ronne (à gauche) - Lièvre à droite

Crédit photo : J-L Ronne (à gauche) - Lièvre à droite

Selon Thomas Rabu, paysan-boulanger et éleveur d’ovins, « être paysan-cultivateur, au sens noble du terme, participe de l’entretien et du maintien de la biodiversité ».

Crédit photo :  Michel Etienne

Crédit photo : Michel Etienne

Et ça fonctionne ! Protection de l’environnement, valorisation des produits (bio) en circuit cours, tout cela crée des emplois… et des vocations !  Ce qui différencie les paysans de nature des agriculteurs traditionnels, c’est que chez les premiers, chaque espèce, animale ou végétale, sauvage ou domestique, a sa place. Pour résumer : « on n’exploite pas notre terre, on la cultive », comme aiment à le dire Jean-Louis et Sophie Bonnin, éleveurs dans le Maine-et-Loire.

Crédit photo : Alain Rétrif (à gauche) - Milan royal à droiteCrédit photo : Alain Rétrif (à gauche) - Milan royal à droite

Crédit photo : Alain Rétrif (à gauche) - Milan royal à droite

Face à l’uniformisation que l’on veut imposer à grande échelle à l’agriculture, les paysans de nature veulent retrouver de la diversité, essentielle pour la pérennité cette activité.

Vaches et bergeronnettes printanières

Vaches et bergeronnettes printanières

Car l’agriculture moderne a oublié une chose : elle ne peut vivre sans les bactéries du sol, les plantes des prairies, les insectes pollinisateurs et tout ce qui constitue la biodiversité. Ce n’est pas  une chimère d’écolo idéaliste, c’est du simple bon sens scientifique.

Ludivine Cosson. Crédit photo : ADEAR85

Ludivine Cosson. Crédit photo : ADEAR85

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Des conséquences des renards sur les crêpes

Publié le par lesbiodiversitaires

Des conséquences des renards sur les crêpes

Ce printemps, le renard a encore sévi.
Il a mangé le gros coq de race marans du poulailler, bien dodu !
Bon, l’un dans l’autre, ne plus avoir de coq pour poursuivre la voisine et la factrice, ce n’est pas un mal. Parce que D’jo Coco, pour se taper la honte dans le voisinage, c’était quand même le plus fort !
Ce curieux volatile avait aussi la particularité de pratiquer la mendicité. Il faisait la tournée des voisins, frappant aux vitres jusqu’à ce qu’ils lui donnent quelque chose de bon à manger. En grandissant, il se mit aussi en tête de monter la garde, mission qu’il accomplit avec une grande conscience professionnelle. Alors finir dans le ventre du renard, après une vie aussi courte qu’intense à faire le malin dans tout le quartier, est une mort honorable.

(Décision n°1 : fini les coqs, il n’y aura plus que des poules au poulailler !)

Des conséquences des renards sur les crêpes
Des conséquences des renards sur les crêpes

Tout ça pour dire que le printemps est le moment stratégique dans tous les poulaillers, car les renards, qui ont leurs petits à nourrir, sont prêts à prendre bien plus de risques qu’à l’ordinaire. Ce renard n’est pas venu de nuit, mais de jour, à un moment où tous les êtres humains du coin étaient absents (preuve qu’il observe bien).
La poulette en a réchappé, car elle se trouvait hors du poulailler (décision n°2 : terminé les volières en grillage, en cas d’attaque, les poules s’y trouvent coincées…). Elle a été exfiltrée chez des amis. Parce que quand le renard a trouvé un poulailler intéressant, il revient.

Renardeau gambadant dans le pré des chevaux !Renardeau gambadant dans le pré des chevaux !

Renardeau gambadant dans le pré des chevaux !

Des amours de feu D’jo Coco et sa poule, il y avait 5 œufs dans le frigo, destinés à faire de bonnes crêpes. Miam ! Oui mais voilà, d’un coup, la lignée de ces poules marans venues l’an dernier sous forme d’œufs de chez Victor Couapel allait s’éteindre ! Tous ces efforts pour rien !
Or il y a quelques années, Perrine, une ancienne collègue aussi éleveuse de poules Noire de Challans, avait donné le tuyau suivant : « Même gardés au frigo, les œufs de poule fécondés, si vous les mettez finalement à couver, cela donne sans problème des poussins ! »
Appel fut donc passé à tous les copains éleveurs de cocottes du secteur. Avez-vous une poule qui s’apprête à couver ? « Ah oui, j’en ai une qui se tâte », répondit justement François (les histoires de couvaison, ça tombe toujours sur lui). (Décision n°3 : les œufs de D'jo Coco ne serviront pas à faire des crêpes) Les 5 œufs partirent donc directement du frigo bien froid jusque à Lorient, et furent mis sous le croupion bien chaud d’une brave coucou de Rennes.

Cette dernière fit de bon cœur son devoir, puisque 5 poussins ont éclos. 100 % de réussite. Donc oui, les œufs fécondés, même après un passage de plusieurs jours au frigo, restent utilisables !

Des conséquences des renards sur les crêpes
Merci à François pour les photos des poussins ! On voit déjà les petites plumes sur les pattes, typique des poules marans.Merci à François pour les photos des poussins ! On voit déjà les petites plumes sur les pattes, typique des poules marans.

Merci à François pour les photos des poussins ! On voit déjà les petites plumes sur les pattes, typique des poules marans.

La vie est toujours pleine de surprises et de détours, puisque, finalement, ces 5 petits poussins qui piaillent joyeusement dans l’herbe doivent d'être nés… au renard ! 

Mais que cette histoire ne vous empêche pas de manger des crêpes !! 

Des conséquences des renards sur les crêpes

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Les Biodiversitaires ont 6 ans !

Publié le par lesbiodiversitaires

Les Biodiversitaires ont 6 ans !

Le blog a démarré en 2011. Et on espère avoir contribué, à notre niveau, à créer du lien entre le monde de la biodiversité sauvage et celui de la biodiversité domestique !

Notre idée reste de générer des passerelles entre ces deux univers, de faire découvrir aux naturalistes les races domestiques à petits effectifs, de faire entrevoir aux éleveurs certains aspects de la nature sauvage, de faire partager à tous des émotions, des informations ou des réflexions autour de la nature et d’une certaine idée de l’agriculture.

Actuellement, chaque mois, 4 000 à 5 500 personnes consultent le blog. Près de 200 000 personnes sont venues depuis sa création, consulter les 200 articles déjà publiés, ce qui est encourageant pour des sujets un peu confidentiels sur la biodiversité sauvage et domestique !

C’est un travail bénévole que nous réalisons. Aussi, n’hésitez pas à nous dire quand cela vous plait, pour que cela ait du sens pour nous de continuer.

Par ailleurs, à partir d’aujourd’hui (et pour faire plaisir à une amie qui se reconnaîtra !), les articles du blog seront diffusés aussi sur une page publique Facebook ici.
Philippe sera le contact de cette page. D’anciens articles, pour ceux qui veulent découvrir (ou redécouvrir) le blog, seront diffusés en alternance avec les derniers articles en date. Ainsi que quelques photos qui n'auraient pas fait l'objet d'articles sur le blog, ou qui ont simplement été prises récemment sur le terrain.

A bientôt !

Les Biodiversitaires ont 6 ans !

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Horses of the world

Publié le par lesbiodiversitaires

Horses of the world

Et voilà, pour ceux qui ont des amis anglophones, le gros pépère est sorti aux USA !

Après sa traduction en Allemagne (Pferde der Welt), le livre Tous les chevaux du monde (texte Elise Rousseau, dessins Yann Le Bris) parait aux États-Unis, chez un éditeur de référence scientifique : Princeton University Press, sous le titre Horses of the world.

Tous les chevaux du monde est le guide complet de toutes les races de chevaux que l’on peut trouver dans le monde, y compris les plus rares et les plus menacées. Un inventaire exhaustif de la biodiversité équine. Ci-dessous, la couv' de la version française.

 

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Biodiversité. Et l’humanité ?

Publié le par lesbiodiversitaires

Biodiversité. Et l’humanité ?

Un peu dur ces derniers temps de résister à une certaine misanthropie, avec tous les dingues qui conduisent la planète.
Du coup, comme ce blog a pour thème la biodiversité, c'est le moment de faire un peu partager la biodiversité humaine, aussi.
En voyageant ou en travaillant, de nombreuses rencontres se produisent, et, question diversité, les humains ne sont pas en reste ! L’occasion, parfois, de faire leur portrait…
Quelques photos parmi tant d’autres, histoire que circulent un peu aussi les beaux visages qui constituent l’humanité et donnent des raisons d’espérer !

Les humains, c'est aussi :

Des rêveuses

Des rêveuses

Des naturalistes sur le terrain (Georges, Syrie, Julie, île de Sein)Des naturalistes sur le terrain (Georges, Syrie, Julie, île de Sein)

Des naturalistes sur le terrain (Georges, Syrie, Julie, île de Sein)

Des artistes – atelier de Sarah (New York, USA), Mam’s (Touraine), des dessinateurs qui ont réalisé des vélins du Muséum (François, Muséum d’histoire naturelle de Paris)
Des artistes – atelier de Sarah (New York, USA), Mam’s (Touraine), des dessinateurs qui ont réalisé des vélins du Muséum (François, Muséum d’histoire naturelle de Paris)Des artistes – atelier de Sarah (New York, USA), Mam’s (Touraine), des dessinateurs qui ont réalisé des vélins du Muséum (François, Muséum d’histoire naturelle de Paris)

Des artistes – atelier de Sarah (New York, USA), Mam’s (Touraine), des dessinateurs qui ont réalisé des vélins du Muséum (François, Muséum d’histoire naturelle de Paris)

Des gens qui savent encore bâter les chevaux (Irakli, naturaliste et guide de haute montagne du Caucase, Géorgie)

Des gens qui savent encore bâter les chevaux (Irakli, naturaliste et guide de haute montagne du Caucase, Géorgie)

Des cavaliers qui montent à cru (Afrique du Sud)

Des cavaliers qui montent à cru (Afrique du Sud)

Des mecs qui ont le sens du style

Des mecs qui ont le sens du style

Des enfants et ados Syriens dont on se demande bien ce qu’ils sont devenus (Syrie, avant la guerre)
Des enfants et ados Syriens dont on se demande bien ce qu’ils sont devenus (Syrie, avant la guerre)Des enfants et ados Syriens dont on se demande bien ce qu’ils sont devenus (Syrie, avant la guerre)

Des enfants et ados Syriens dont on se demande bien ce qu’ils sont devenus (Syrie, avant la guerre)

Des japonaises modernes... (à Arasaki, Japon)
Des japonaises modernes... (à Arasaki, Japon)Des japonaises modernes... (à Arasaki, Japon)

Des japonaises modernes... (à Arasaki, Japon)

...et traditionnelles (Cap Toï, Japon)

...et traditionnelles (Cap Toï, Japon)

Des gens qui vont compter les sternes sur un îlot (Rivière d’Etel, Morbihan)

Des gens qui vont compter les sternes sur un îlot (Rivière d’Etel, Morbihan)

Des sumos (à Arasaki, Japon)

Des sumos (à Arasaki, Japon)

Des sauveurs de tortues marines (Marco, Madère)

Des sauveurs de tortues marines (Marco, Madère)

Des filles qui ont les cheveux violets

Des filles qui ont les cheveux violets

Des musiciennes (Anne et son violon, Ain)

Des musiciennes (Anne et son violon, Ain)

Biodiversité. Et l’humanité ?
Des vétérinaires de terrain téméraires (Jean-François et chien berger d'Auvergne, Cantal)

Des vétérinaires de terrain téméraires (Jean-François et chien berger d'Auvergne, Cantal)

Des aventuriers revenant trempés et de nuit d’une rivière infestée de piranhas (Domi et Yvan, jungle du Pantanal, Brésil)

Des aventuriers revenant trempés et de nuit d’une rivière infestée de piranhas (Domi et Yvan, jungle du Pantanal, Brésil)

Des profonds humains bienveillants (Terbish, Mongolie)

Des profonds humains bienveillants (Terbish, Mongolie)

Des Brésiliens qui connaissent la jungle comme leur poche (Jao) et des mecs à côté de qui Indiana Jones est un petit rigolo (Nyambayar, désert de Gobi)Des Brésiliens qui connaissent la jungle comme leur poche (Jao) et des mecs à côté de qui Indiana Jones est un petit rigolo (Nyambayar, désert de Gobi)

Des Brésiliens qui connaissent la jungle comme leur poche (Jao) et des mecs à côté de qui Indiana Jones est un petit rigolo (Nyambayar, désert de Gobi)

Des enfants de la steppe (Mongolie)

Des enfants de la steppe (Mongolie)

Des hommes qui cherchent et espèrent malgré la brume (Yves, forêt de Camors, Morbihan).

Des hommes qui cherchent et espèrent malgré la brume (Yves, forêt de Camors, Morbihan).

Des éleveurs de vaches incroyables qui semblent sorties d’un livre de Tolkien (Bernard et son bœuf béarnais, Pyrénées-Atlantique)

Des éleveurs de vaches incroyables qui semblent sorties d’un livre de Tolkien (Bernard et son bœuf béarnais, Pyrénées-Atlantique)

Des gars qu’on trouve toujours au détour d’une ruelle, sur une île, en octobre (Maxime, île de Sein)

Des gars qu’on trouve toujours au détour d’une ruelle, sur une île, en octobre (Maxime, île de Sein)

Des expertes des questions agricoles mongoles avec qui on peut discuter de races de chevaux au retour d’expé (Jiji, Oulan Bator - photo d’Yvan Tariel)

Des expertes des questions agricoles mongoles avec qui on peut discuter de races de chevaux au retour d’expé (Jiji, Oulan Bator - photo d’Yvan Tariel)

Un écrivain et rapaçologue tout vert qui a quitté la Terre et qui nous manque (Bertrand, Inde – photo de Magali Goliard)

Un écrivain et rapaçologue tout vert qui a quitté la Terre et qui nous manque (Bertrand, Inde – photo de Magali Goliard)

L’humanité, c’est pas que les affreux qu'on voit et qu'on entend partout, c’est aussi toutes ces belles personnes qui sourient, qui rêvent, qui réfléchissent, le visage vert ou les cheveux violets, la peau noire ou dorée, dans toute leur diversité.

Et si on sortait de l’ombre ?

Poterie (Séoul, Corée du Sud)

Poterie (Séoul, Corée du Sud)

Un merci à ceux qui se reconnaîtront !

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Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Publié le par lesbiodiversitaires

Pour les personnes un peu sauvages, l’hiver se prête à merveille à la visite des sites historiques : ils sont quasi déserts ! Ce qui permet de les découvrir sous un tout autre angle, et de s’apercevoir qu’avec leurs vieilles pierres et leurs anfractuosités, ils sont souvent appréciés des oiseaux.

Delphes aux tous premiers jours de février. Soleil superbe et déjà une température clémente. Site de l’Oracle, presque désert. Entre les colonnes, les pierres blanches laissées à même le sol, le théâtre, poussent quelques cyprès et pointent déjà le jaune et le blanc des premières fleurs. Au fond, le mont Parnasse, en partie enneigé. Rougegorges et rougequeues noirs, mais aussi des dizaines de fauvettes à tête noire, tous hivernants, se sont donnés rendez-vous à l’omphalos, le nombril du monde puisque c’était là, selon les anciens Grecs, qu’il était censé être. Le grand ornithologue suisse, Paul Géroudet, dans son texte introductif sur la fauvette de Rüppell, tout à fait inféodée à cette région, évoque le chant de l’espèce « dans les ruines vénérables [de Delphes] enchâssées dans une nature tragique de grandeur ». Il est trop tôt en saison pour l’entendre.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Mais celle qui couvre de ses vocalises tous les autres oiseaux est la sittelle de Neumayer, cousine « minérale » de notre sittelle torchepot. Elle fréquente en effet les falaises, les roches, les escarpements et se trouve bien à l’aise au sommet d’une colonne ou entre des blocs de pierre taillée. Les oiseaux paradent et les mâles, avec leur tuituituituitui sonore allant en s’accélérant, monopolisent l’espace vocal. Le monticole bleu se fait du coup bien discret. Et partout, curieux et effrontés, les rougegorges accompagnent la visite.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Plus au nord, dans les Météores, le paysage est tout autre. C’est encore l’hiver et certaines routes sont bloquées par la neige… Les impressionnants pitons rocheux, surmontés d’un monastère, sont bien austères sous le ciel gris. Les oiseaux se montrent particulièrement discrets, hormis les mésanges charbonnières qui sont déjà à la noce et, une fois encore, quelques sittelles de Neumayer qui mettent un peu d’ambiance. Un geai glisse furtivement entre deux à-pics rocheux, un grand corbeau croasse lugubrement tandis qu’il s’enfonce dans un dédale de roches. Vu l’endroit et les falaises impressionnantes, c’est le moment de chercher le tichodrome échelette qui est tout à fait chez lui. Malgré un scan consciencieux des parois, nous ne trouvons rien… sauf une petite chevêche blottie dans une anfractuosité du rocher, et qui semble gelée.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Le lendemain matin, avec un franc soleil, nous poursuivons la visite des monastères ouverts à cette période de l’année. A celui du Grand Météore nous trouvons enfin un tichodrome qui volète et escalade en soubresauts la paroi de la falaise, juste en contrebas du chemin ! Oui, mais des touristes arrivent aussi avec leurs éclats de voix. L’oiseau va-t-il décoller ? Eh bien non : indifférent aux bruits et aux mouvements, il continue son inspection systématique de tous les petits trous de la roche à la recherche d’animalcules, nous permettant de superbes observations. Puis d’un coup, il décolle de son vol papillonnant et rose.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

À Athènes, nous nous limitons cette fois-ci à l’Acropole et son Parthénon. Le temps est plus que printanier. C’est sans doute en partie pour cela qu’il y a déjà pas mal de monde sur le site (mais bien moins qu’en été). Les insectes sont sortis : abeilles, moro-sphinx, papillons, etc. Les fleurs abondent déjà. Et nous ne sommes qu’au tout début de février.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Hormis les pigeons et quelques rares pies, pas grand-chose autour du Parthénon. C’est dans les bosquets de pins et de cyprès autour que l’on trouve les oiseaux : sempiternels rougegorges et rougequeues noirs, mais aussi la fauvette mélanocéphale qui chante déjà et pousse ses crécelles caractéristiques. Et un couple de bergeronnettes grises qui s’active discrètement à construire son nid entre des blocs de pierre, à quelques mètres seulement du chemin où défilent des dizaines de touristes.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

A 70 km au sud d’Athènes, le cap Sounion pointe fièrement son éperon dans la mer Egée. Il abrite aussi le temple dédié à Poséidon, le dieu de la Mer. Les deux membres de la Mor Braz Team que nous sommes se devaient d’aller voir ce haut-lieu pour tous les marins. Là encore, le site est presque désert et nous profitons d’une petite brise ensoleillée de fin de journée pour admirer le site. Au large, des puffins yelkouans sont en pêche, tandis qu’un faucon pèlerin rase la falaise. Mais les cerbères du lieu sont les goélands (leucophées) qui patrouillent inlassablement dans les airs et nous fixent de leur œil dur et jaune en nous gratifiant de gèkgèkgèk presque menaçants. A terre, les gardiens sont plus débonnaires. Ce sont des perdrix choukars qui sont aussi nombreuses que peu farouches et qui se promènent allègrement sur le parterre du temple.

Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques
Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques Grèce en hiver : les oiseaux des sites antiques

Plus loin sur la falaise, invisible pour le non-naturaliste, une chevêche d’Athéna surveille l’horizon : c’est un sentiment particulier de trouver dans ces lieux mythiques cet oiseau dévolu à la déesse grecque de la sagesse.
Le temple de Poséidon est un lieu empreint de quiétude et de sérénité, quelque chose qui monte du fond de l’océan et semble résonner sur le cap depuis la nuit des temps. Au loin, le chant râpeux trahit la présence d’une fauvette mélanocéphale. Pour elle aussi, le printemps est arrivé.

Publié dans Biodiversité sauvage

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Quelques nouvelles du printemps

Publié le par lesbiodiversitaires

Quelques nouvelles du printemps

Ne laissez pas passer le printemps, le temps de vous retourner, et ce serait l’automne.

Quelques nouvelles du printemps

Oubliez un instant le travail, les soucis, la famille, les contraintes, éteignez vos ordis, vos portables, vos télés, et allez profiter du soleil léger, des fleurs en train d’éclore, des oiseaux qui roulent leurs trilles, des parfums de miel et de terre fraîche, de toute la poussée de sève de la nature qui se réveille dans sa beauté douce et tendre, simple et facile, dans l’évidence paisible de la vie.

Quelques nouvelles du printemps

(Fleurs et chatons de saule de l’île d’Yeu, Vendée, 25 mars 2017)

Publié dans Biodiversité sauvage

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Biodiversité domestique sur France 3 Bretagne

Publié le par lesbiodiversitaires

Comme ce n'est pas si commun qu'on parle de biodiversité domestique à la télévision, voici un lien vers une petite interview sur France 3 Bretagne (on a contribué à les mettre en lien !). Jean-Luc Maillard, directeur de l'Ecomusée de Rennes, y donne une bonne définition de la biodiversité domestique.

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Cinquième édition du prix national de la Fondation du patrimoine pour l'agro-biodiversité animale

Publié le par lesbiodiversitaires

Jeudi 2 mars 2017, porte de Versailles. Fine, la vache Bretonne pie noir, mascotte de cette édition du Salon de l’agriculture, en a peut-être marre de se faire caresser par tout ce que la France compte de candidats à l’élection présidentielle à venir. Pendant ce temps, on fête les lauréats du prix de l’agro-biodiversité.

Ce cru « 2016 » est encore de haute tenue et il a été une fois de plus bien difficile de partager les candidats. En dehors de 3 prix, un prix spécial a été décerné cette année.

Prix d’honneur à « Pas bête la fête » !
C’est même un prix d’honneur qui a été décerné cette année à l’association Pas bête la fête qui organise la fameuse fête de la Vache Nantaise dont nous avons déjà parlé ! Un chèque de 25
000 € qui va lui faire du bien et permettre d’assurer une fois de plus la promotion et la valorisation des races locales à faibles effectifs. Cet événement, qui a lieu tous les 4 ans et draine sur 3 jours de septembre près de 45 000 visiteurs, aura lieu en septembre 2018. Cette fête est devenue un lieu de rencontre incontournable pour tous ceux qui promeuvent l’intérêt écologique et économique de l’agrobiodiversité animale et aident à la formation et à l’installation d’éleveurs, sans en ignorer les difficultés.
La 8e édition qui se prépare sera, à n’en pas douter, l'un des grands événements de la biodiversité domestique de 2018. Et on ne peut qu’engager ceux qui le peuvent à aller faire un petit tour, en septembre 2018, du côté de Plessé, Loire-Atlantique, pour ce magnifique moment de partage.

Laurent Chalet, initiateur de la fête de la Vache Nantaise (Pas bête la fête !) reçoit le chèque des mains de François-Xavier Bieuville, directeur de la Fondation du Patrimoine.

Laurent Chalet, initiateur de la fête de la Vache Nantaise (Pas bête la fête !) reçoit le chèque des mains de François-Xavier Bieuville, directeur de la Fondation du Patrimoine.

1er prix – La brebis Sasi Ardi (Pyrénées-Atlantiques)
Peu connue en dehors de sa région, la race Sasi Ardi (ou brebis des broussailles) figure maintenant sur le catalogue du ministère de l’Agriculture qui reconnait officiellement les races françaises du territoire. Elle est particulièrement apte, par sa rusticité, à tirer parti des zones broussailleuses de la moyenne montagne du Pays Basque.
Le projet présenté par l’association Sasi Artalde est particulièrement bien élaboré car basé sur l’accompagnement technique des éleveurs et la promotion des deux produits typiques et de haute qualité (l’agneau de 5 mois et le mâle de 28 mois) qui devraient permettre d’assurer le développement de la Sasi Ardi.
Le 1er prix est doté d’un montant de 10 000 €.

 

Race Sasi Ardu (ou brebis des broussailles).

Race Sasi Ardu (ou brebis des broussailles).

2ème prix – La race bovine Moka (Ile de la Réunion)
Peu connue, la race bovine Moka vit à la Réunion. Elle a été inscrite récemment au catalogue des races officielles du ministère de l’Agriculture. Elle est le fruit de divers croisements d’animaux introduits, originaires d’Asie, du Moyen-Orient, d’Afrique et de Madagascar.
Au début du XVIIIe, des animaux de Moka (Yémen) furent introduits en même temps que l’importation de plants de café, d’où leur nom. Cette race rustique et bien adaptée fait merveille dans les milieux agricoles de l’île, souvent difficiles. L’association pour la Promotion du Patrimoine et de l’Ecologie de La Réunion est là pour aider à l’installation de nouveaux éleveurs, valoriser les produits issus directement ou indirectement du bœuf Moka au travers de circuits courts, développer des actions de communication auprès des consommateurs locaux et des agriculteurs. Le prix, d’un montant de 6 000 €, aidera à développer ces actions.

Taureau Moka.

Taureau Moka.

3ème prix – Le mouton Boulonnais (Nord-Pas-de-Calais)
Le mouton Boulonnais est une très ancienne race du littoral de la Manche et de la mer du Nord, qui avait failli disparaître dans les années 1980. Sa rusticité et ses qualités de marcheuse permettent à cette race d’être utilisée dans les nouveaux systèmes d’écopâturage, qui sont en plein développement, et en pâturage itinérant sur des espaces sensibles le long du littoral. Ainsi on peut l’admirer sur les pentes du Mont d’Hubert, attenant au fameux cap Blanc-Nez. Par ailleurs, la qualité de l’agneau Boulonnais est très appréciée localement et sa réputation se conforte.
Le jury a été sensible au dynamisme du candidat ainsi qu’au sérieux du projet bien intégré dans l’environnement local. Le prix, de 4 000 €, a été remis au Centre régional de ressources génétiques du Nord-Pas-de-Calais (CRRG).

 

Moutons Boulonnais.
Moutons Boulonnais.

Moutons Boulonnais.

Le salon la nuit
Mais la vie secrète du Salon de l'agriculture commence le soir, lorsque les derniers visiteurs l'ont quitté et que les portes se referment !
C'est le moment où les agriculteurs et ceux qui travaillent avec eux se retrouvent dans la fameuse « réserve » du Salon de l’agriculture, bien connue pour ses repas gargantuesques et sa bonne humeur. Les agriculteurs heureux de se retrouver année après année, des amitiés se tissant, se font partager et découvrir les meilleurs produits de leur terroir lors de dîners conviviaux.
Et à la réserve des races à petits effectifs, forcément en bio, les soirées sont particulièrement animées, avec cette année un repas bio « bretonne pie noir » avec, en point d’orgue, une glace au gwell mémorable ! Des tablées entières de passionnés, ces résistants qui se battent pour une autre agriculture, à la fois garants des traditions et précurseurs encore souvent solitaires d'un monde qui, si on les écoutait, pourrait bien être meilleur.
Le tout sous une musique d’enfer sur le grand ring où dansaient comme des fous les élèves des lycées agricoles présents au salon !

Cinquième édition du prix national de la Fondation du patrimoine pour l'agro-biodiversité animale
Les gagnants du concours entourés du jury

Les gagnants du concours entourés du jury

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Bernache à cou roux : à la recherche de la plus belle oie du monde

Publié le par lesbiodiversitaires

Bienvenue en Bulgarie !

Bienvenue en Bulgarie !

Pour la plupart des ornithologues occidentaux, la bernache à cou roux est un oiseau mythique. Bariolée comme un arlequin, et en danger de disparition, elle est un Graal pour tous les amateurs d’oiseaux.

La bernache à cou roux est une petite oie qui niche dans l’extrême nord de la Sibérie, notamment dans la péninsule du Taïmyr. Avec l’arrivée de l’hiver, elle descend passer la mauvaise saison en Ukraine, Roumanie et Bulgarie, en passant par la vallée de l’Ob, puis le Kazakhstan. Victime d’une chasse effrénée malgré la protection complète dont elle jouit, la bernache à cou roux est devenue très rare.
Il est vrai que ses effectifs ont toujours fait l’objet de discussions et qu’elle fut, notamment au milieu du XXe siècle, particulièrement rare (20 000 oiseaux ?). Des effectifs plus importants ont été comptés, notamment dans les années 1990, culminant à 70 000 individus. Les chiffres actuels restent contradictoires mais on suppose qu’elle ne doit pas dépasser les 50 000 ou 60 000 oiseaux, au moins dans l’aire connue d’hivernage (Ukraine à Bulgarie). Peut-être existe-t-il des lieux d’hivernage jusqu’ici inconnus et plus à l’est encore ?
La toundra sibérienne dans laquelle elle se reproduit est menacée par le changement climatique, car la forêt (taïga) gagne peu à peu. Sur ses lieux d’escale, comme au Kazakhstan, elle est chassée sans vergogne et des centaines d’oiseaux sont tués chaque année sans atteindre leurs quartiers d’hivernage.
En Ukraine, on ignore ce qu’il lui advient. En Roumanie, mais aussi en Bulgarie, on la chasse bien qu’elle soit protégée. En réalité, la chasse aux oies grises est autorisée, mais comme elle se pratique aussi de nuit ou à la passée, il est clair que bien des bernaches à cou roux tombent sous les plombs. Puis reste le trophée d’avoir abattu une superbe espèce dont la dépouille ornera la cheminée. D’autant que le tourisme cynégétique est encore prisé dans ces deux pays.
Si l’hiver est doux, les oiseaux sont présents surtout en Ukraine ou en Roumanie, non loin du delta du Danube. Mais dès qu’un coup de froid survient, les oiseaux poussent vers le sud et se retrouvent dans le nord-est de la Bulgarie, en Dobroudja frontalière avec la Roumanie.

Bernache à cou roux en mer - Durankulak, Bulgarie, février 2017

Bernache à cou roux en mer - Durankulak, Bulgarie, février 2017

C‘est là que nous avons décidé d’aller à sa rencontre, en février 2017. Un ami ornithologue s’y est rendu en janvier, au moment où un sévère coup de froid frappait l’Europe de l’Est. Il a vu 10 000 oiseaux. Mais le froid perdurant, certains sont partis plus au sud, dans la région côtière de Bourgas (ou Burgas). Lorsque qu’à la mi-janvier, un autre collègue est revenu lui aussi de Bulgarie, il n’était pas optimiste car après le froid, un redoux aussi spectaculaire était arrivé et les oiseaux étaient remontés vers le nord, laissant le secteur de Durankulak - où nous devions séjourner - très vide.

Bernaches à cou roux, région de Durankulak (crédit Bed & Birding).

Bernaches à cou roux, région de Durankulak (crédit Bed & Birding).

Arrivés à Sofia, nous roulons jusqu’à Bourgas, car nous avons appris qu’il y avait 4 500 oiseaux dans le secteur. Dès notre arrivée sur place, nous recherchons les oiseaux. En vain… Le soir, le bilan s’élève à… 6 bernaches à cou roux. Déception dans les rangs.
Le lendemain nous partons à la recherche des oiseaux, fouillons les grandes bandes d’oies rieuses qui pâturent dans des champs immenses et bien souvent inaccessibles. Rien. Pas la queue ni le cou roux d’une bernache. Enfin, si : une.

Nos six premières bernaches à coux de Bourgas. Et les seules...

Nos six premières bernaches à coux de Bourgas. Et les seules...

...malgré la présence voisine d'une troupe de cygnes chanteurs.

...malgré la présence voisine d'une troupe de cygnes chanteurs.

Direction : Durankulak
Après cet échec, nous filons alors vers l’extrême nord-est, à Durankulak, à deux pas de la frontière roumaine où nous retrouvons Pavel Simeonov qui tient un gîte ornithologique, dominant le lac de Durankulak. C’est là que des milliers d’oies et de bernaches viennent passer la nuit quand le lac n’est pas gelé. Mais le lac est gelé… Comme tous les lacs de la région. Pavel  ne sait pas où sont passés les oiseaux. La chasse, qui vient juste de fermer, les a beaucoup perturbés. La succession d’un froid intense et d’un redoux subit également. Comble de malchance, alors que nous avions un temps ensoleillé à Bourgas, ici c’est le gris qui domine et les prévisions ne sont pas bonnes. Bilan du premier jour : 20 bernaches en tout et pour tout. Ça commence à sentir le roussi… Il y a certes d’autres oiseaux à découvrir et à regarder, mais tout de même.

L'observation d'un rare goéland ichthyaète ne nous fait pourtant pas oublier les bernaches !

L'observation d'un rare goéland ichthyaète ne nous fait pourtant pas oublier les bernaches !

Le moral un peu dans les chaussettes, nous nous levons le matin suivant pour constater que nous avons du mal à voir nos pieds, tant le brouillard est épais. Malgré tout, tenaillés par l’envie de voir la petite oie sibérienne au plumage chamarré de noir, de blanc et de rouge, nous arpentons les plaines sous un froid qui commence à pincer. Pavel, malgré notre trentaine de bernaches au compteur ce soir-là, est optimiste. Le froid va faire revenir les oiseaux.

Malgré la grisaille du matin suivant, nous voici dehors. En longeant le littoral par une piste dantesque, sur laquelle nous louons la bonne idée d’avoir pris un 4x4 (indispensable pour circuler ici, avait prévenu Pavel), nous apercevons un petit groupe d’oies, au-dessus de la mer agitée, qui filent vers le nord, malgré le froid et le vent. Des bernaches à cou roux ! Bientôt un second puis un autre groupe plus important sont observés. Pavel est tout surpris : seraient-ce les bernaches de Bourgas ? Mais pourquoi remonteraient-elles alors qu’il fait froid ? Regagnent-elles, malgré tout, leurs sites d’hivernage traditionnels ? Savent-elles que le froid, certes intense, ne sera pas (plus) exceptionnel avec le printemps qui se rapproche ? Branta ruficollis, car tel est son nom scientifique, garde bien ses secrets. Toujours est-il nous que trouvons enfin un premier groupe à l’effectif conséquent dans un champ de blé d’hiver, pâturant avec 1 200 oies rieuses. Il n’y en a guère plus d’une trentaine, à près d’un kilomètre de distance, mais c’est déjà ça !

Dans la brume épaisse, on distingue mal les bernaches à cou roux des oies rieuses, mais l'ambiance est là.

Dans la brume épaisse, on distingue mal les bernaches à cou roux des oies rieuses, mais l'ambiance est là.

Le jour suivant, nous décidons d’aller vers la frontière roumaine où les oiseaux s’étaient regroupés début janvier avant le coup de froid. C’est Pavel qui trouve le groupe : 1 600 bernaches, dans un champ immense, avec autant d’oies rieuses. Mais elles sont loin, la brume est tenace et un vent sibérien balaie la plaine. Nous avons trouvé refuge à la lisière d’un petit boqueteau. Transis de froid, les collègues jettent l’éponge au bout d’une bonne heure. Elise aussi. J’ai le Graal à portée de main : pas question de partir. Pendant trois heures, immobile comme une statue, j’observe les oiseaux qui, peu à peu, se rapprochent. Régulièrement elles décollent et c’est un concert d’appels qui résonne dans l’air. Un concert de petits cris aigus qui évoquent ceux d’un… canard en plastique !

Totalement gelé, il faut rentrer avec la nuit qui tombe. Le soir, dans le lit chaud, on se repasse les envols et les appels dans le froid et la brume. Et on s’endort en pensant à demain.

… Et demain est le dernier jour. Le brouillard est parti mais pas la grisaille. Ni le froid qui s’est installé pendant la nuit apportant avec lui un vilain grésil qui gèle direct sur la voiture. Des litres et des litres d’eau chaude sont nécessaires pour dégeler les vitres. Quant à la route, on la dirait construite pour accueillir le championnat du monde de patinage artistique ! Direction les champs d’hier. Rien. On pousse alors un peu vers la mer, avec prudence vu l’état de la chaussée. Et là, dans un champ de blé d’hiver, deux grosses taches noires : de milliers de bernaches à cou roux qui pâturent en compagnie d’oies rieuses. On dirait tout à la fois des chenilles processionnaires et un troupeau de moutons, avançant, tête baissée. On gare la voiture en bordure de route et on attend. Des groupes viennent alors à moins de 300 m. Enfin, les voilà plus proches.

Elles se posent... (crédit Bed & Birding)

Elles se posent... (crédit Bed & Birding)

Et pendant ce temps, les vols se suivent et se posent. Des dizaines, des centaines, qui, à peine à terre, commencent à pâturer frénétiquement. On voit sur leurs ailes la glace qui s’est fixée aux plumes et qui doit rendre leur vol pénible. Le moindre mouvement, une voiture qui passe, et la troupe décolle, se scinde, puis revient. Elles n’ont pas encore tout à fait compris que la chasse est terminée et on imagine facilement le stress qu’elles ont enduré tout au long de l’hiver. Décidément la vie de bernache n’est pas facile.

A chaque voiture qui passe, les oiseaux décollent, mais se reposent aussitôt.

A chaque voiture qui passe, les oiseaux décollent, mais se reposent aussitôt.

Les bernaches pâturent frénétiquement (crédit Bed & Birding).

Les bernaches pâturent frénétiquement (crédit Bed & Birding).

Malgré le froid et le vent, nous filmons les oiseaux qui arrivent sans cesse.

On pense alors aussi à toutes leurs collègues captives qui font les délices des amateurs ou des parcs animaliers, car l’espèce est tenue en captivité du fait de son plumage magnifique. Ces oiseaux ne connaîtront jamais la toundra fleurie du printemps, ni les steppes brûlées de soleil, ni les bords de la mer Noire. Et ni les plombs tueurs. La vie d’une oie sauvage est plus dangereuse, mais aussi plus palpitante, non ?

Combien avons-nous de bernaches devant nous à cet instant ? 5 000 ? 6 000 ? Sans doute. Peut-être plus d’un dixième de la population mondiale, sur quelques hectares de blé bulgare. Enfin la quête a payé. Le Graal est atteint. Elles sont là, devant nous, superbes et mystérieuses, tout affairées à pâturer. Et levant régulièrement le cou pour voir ce que les drôles d’oiseaux dans leur voiture sont en train de manigancer.

Quel spectacle !

Quel spectacle !

Bernache à cou roux : à la recherche de la plus belle oie du monde

Les bernaches pâturent en compagnie des oies rieuses (on voit la glace qui s'est fixée sur les plumes).

 

Aller voir les bernaches à cou roux 

Pour ceux qui sont tentés par ce spectacle fabuleux, un petit tour à Durankulak, en Bulgarie s’impose. Il faudra se rendre chez Pavel Simeonov dont l‘accueil chaleureux et la connaissance parfaite des oiseaux aideront à rendre le séjour plus agréable encore. Sa femme, Tatyana, d’origine biélorusse, fait une cuisine succulente. Pour plus d’infos, voir le site. Le gîte est membre du réseau Bed & Birding qui, à travers le monde propose des accueils au sein même de sites ornithologiques renommés.

Et le bonus de fin !
Avant de consacrer sa vie aux bernaches à cou roux, Pavel était musicien professionnel, lui-même fils d’un musicien bulgare. Au piano essentiellement, mais pour fêter nos observations, il a repris ce soir-là la flûte traversière de sa jeunesse, dont il n'avait pas joué depuis longtemps !

Publié dans Biodiversité sauvage

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