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Au pays des chèvres du Rove heureuses

Publié le par lesbiodiversitaires

Annaïg Servain et Matthieu Vaslin vivent au bout du monde… en France. Dans les Hautes-Corbières, ils élèvent des chèvres du Rove en agriculture biologique.
 
Pour accéder à la ferme de Borde Grande, sur la commune de Laroque de Fa, dans l’Aude, il faut savoir prendre son temps. La route en lacets semble ne jamais devoir vous amener à bon port. Il faut dire qu’on est ici dans le canton d’Europe le moins peuplé. Autant d’habitants au km2 que dans le Sahel !
C’est là qu’ils ont posé leurs valises et leurs yourtes ramenées d’un fabuleux périple en Mongolie (voir http://temujin.over-blog.com/). Depuis un an, ils se sont lancés en agriculture biologique avec des chevrettes de la race du Rove. Les chèvres ont grandi, ont fait leur premiers jeunes et les voici traites tous les matins pour fabriquer des fromages.
 
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La chèvre du Rove est une race originaire de Provence. Après avoir failli disparaître, elle est redécouverte dans les années 70, et cette race à petits effectifs compte aujourd’hui plus de 5 000 chèvres. Rustique, pouvant se contenter de peu, elle est parfaitement adaptée au climat et à la végétation du Sud de la France.
 
Rove-1.jpg
 
Une fois la traite passée, il faut préparer le lait et faire les fromages, puis, en tout début d’après-midi, les animaux partent en libre parcours, sous la houlette de Matthieu ou d’Annaïg et avec la complicité vigilante de Feta, la patou des Pyrénées, Mosca, une chienne de race berger de Crau (race de chien extrêmement rare, reconnue depuis 2009 par la Société centrale canine) et Gobi, le pacha canin, rapporté, comme les yourtes, de Mongolie.
 
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Le berger de Crau, menacé de disparition, est un chien très endurant.
 
Le milieu n’est pas facile. Les boisements ont gagné une grande partie des cultures et des champs qui ont été peu à peu abandonnés. Borde Grande, situé à 475 m d’altitude, est entourée de petites montagnes qui culminent à 900 m. Partout les bois sont présents, et les parcelles en herbe se font rares. Mais la chèvre du Rove est une rustique. C’est devenue même, en certains lieux, la « débroussailleuse » de la forêt méditerranéenne. Aussi, se contente-t-elle de peu, cherchant sa nourriture de façon parcimonieuse.
 
La traite est le moment privilégié pour se retrouver, chèvres et hommes. Les amis traient à la main, même si le matériel pour la traite mécanisée est là. Mais c’est vrai que le contact avec la chèvre, la pression sur le trayon gorgé de lait, et la libération de ce dernier, sont des moments fantastiques. Evidemment, il n’y a qu’une soixantaine de chèvres à traire actuellement, mais quand le troupeau s’étoffera, il faudra bien passer à la cadence supérieure. Pour l’heure, c’est le dialogue entre la chèvre et le berger qui ponctue ce moment de traite.
 
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Vers 13 h, le troupeau s’élance, guidé par sa bergère, vers l’immense parcours où les chèvres vont brouter et folâtrer pendant plusieurs heures. Au son des clochettes, des jappements des chiens et des appels chantant de la bergère, comme depuis la nuit des temps. Moment de simplicité volé à la société de consommation.
 
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Autant de liberté dans de si beaux paysages, et de si jolies petites chèvres, cela fait rêver. Mais il ne faudrait pas oublier la difficulté de ce métier : 14 heures de travail par jour, 7 jours sur 7. Les chèvres ne connaissent ni week-ends, ni vacances, ni RTT… Et quand, le soir venu, la chèvrerie est enfin fermée, ce sont des montagnes de papiers administratifs qui attendent nos bergers. Métier physique, endurant, courageux, engagé, il n’est réservé qu’à de vaillants passionnés. Les autres se contenteront d’une chèvre naine dans leur jardin (ou bien adopteront une chèvre du Rove à la retraite !).
 
Annaig-1.jpg  
Annaïg
 
Matth
  Matthieu
 
 
Pour en savoir plus :
Association de défense des caprins du Rove http://caprinsrove.free.fr/
Une interview d’Annaïg sur le lien suivant http://bordegrande.com/spip.php?article76
 
Vente de fromage de chèvre et de viande bio
Ferme de Borde Grande
11330 Laroque-de-Fa
06 87 11 74 19
 
On trouve aussi leurs délicieux fromages à l’adresse suivante :
Esprits de garrigue
11330 Villerouge-Termenès
04 30 64 70 32

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Un écrin de biodiversité en Vexin français

Publié le par lesbiodiversitaires

L’Ile-de-France, ce n’est pas vraiment notre truc. Dès que possible, on met les voiles vers de plus vertes prairies. Pourtant, l’autre jour, on est allé dans un endroit qu’on aime bien, près du deuxième sommet de l’Ile-de-France (oui l’Ile-de-France a un sommet), qui culmine à 214 m ! Et là, ce fut un petit instant de bonheur. Découverte en images…
 
La petite route qui serpente entre Le Rosnel et Le Heaulme propose un point de vue vers le sud-est et les plaines céréalières piquetées de petits bois. Cette route est bordée de clôtures et de haies remplies de mûres. Le regard se perd sur un horizon boisé, sans l’ombre d’une ligne à haute-tension ni la moindre barre d’immeubles. On se croirait bien loin de Paris, alors qu’on est à moins d’une quarantaine de kilomètres de la capitale, à  vol de buse variable. En parlant rapaces, la bondrée apivore (rapace migrateur qui va hiverner en Afrique équatoriale) et le faucon hobereau (amateur d’insectes et d’hirondelles qu’il chasse en plein vol) sont d’observation régulière. Le bruant jaune égrène son chant triste, tandis qu’une petite troupe de chardonnerets s’activent dans un champ de céréales fraîchement coupé. C’est l’été dans sa plénitude, les oiseaux ont fini leur besogne.
 
photo 1
Panorama du site : la petite route, les piquets de clôture en bois, les haies vives, un petit muret de pierres, un troupeau de vaches lointain. Un tout petit coin de quiétude, loin du bruit et si proche de nous.
 
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Plan rapproché
 
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Il y a des mûres partout, même si, visiblement, d’autres avant nous, sont déjà passés.
 
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Le secteur dans les années 1920. Franchement, ça n’a pas beaucoup changé.
 
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Le village du Heaulme dans les années 1960. Quasiment la même route, les mêmes piquets !
 
Pourtant, sur cette petite route déserte, nous avons découvert un couple de pies-grièches écorcheurs qui nourrissait encore deux jeunes. Ce n’est que le deuxième cas découvert cette année dans le département du Val-d’Oise. Dans l’ouest parisien c’est une espèce rare (elle est plus fréquente en Seine-et-Marne). C’est typiquement une espèce inféodée aux milieux ouverts, bien conservés, où se mélangent harmonieusement vieilles haies d’épineux et prairies. Autant dire un milieu qui tend à disparaitre en Ile-de-France. Comme la pie-grièche écorcheur en Ile-de-France, d’ailleurs. Témoins d’un paysage révolu qui a fait place à la monoculture céréalière.
 
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Le mâle de pie-grièche écorcheur surveille les alentours et alarme avec force dès que nous nous approchons des jeunes.
 
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Un gros coléoptère au bec, la femelle nourrit sans cesse.
 
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Un des deux grands jeunes. Dans quelques jours il s’envolera pour l’Afrique de l’Est où il passera l’hiver. 
 
Un peu plus loin, un troupeau de vaches allaitantes se prélasse dans une prairie, à la journée finissante. De grosses Limousines à la robe fauve et quelques Charolaises. La plupart ont encore des cornes (on se pincerait presque à la vue de tels animaux, aujourd’hui pour la plupart écornés). Les grillons entament leur chœur vespéral.
 
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Limousines (au second plan) et Charolaise (au premier). Entre leurs pattes sautent les sauterelles
   et chantent les grillons. Plus loin, c’est une troupe de chardonnerets qui mangent les graines des plantes laissées par les bovins.
 
Des haies, des mûres, des vaches avec des cornes, des pie-grièches et des grillons ! On se croirait revenu un demi-siècle en arrière. D’autant que nulle ligne à haute tension n’est visible, et les avions semblent s’être momentanément détournés de notre ciel. Et dire, une fois encore, que l’on est à quelques encablures de Paris, de sa cohue et de ses embouteillages.
Ah si vous saviez, Parisiens speedés et banlieusards maudissant les transports en commun, si vous saviez comme il faisait bon, ce soir là, de voir la femelle de pie-grièche écorcheur nourrir ses deux grands jeunes, tandis que le mâle, perché dans un prunellier, faisait le guet !
 

Publié dans Biodiversité sauvage

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Le loup arrive dans les Vosges tandis que ça barde dans les Hautes-Alpes

Publié le par lesbiodiversitaires

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Le voici le voilà tout fraîchement débarqué, Canis lupus a été officiellement localisé dans les Vosges. Petit souci : il est soupçonné d’être un croqueur d’agneaux (45 à son actif), lors de 18 attaques nocturnes (source : Le Républicain lorrain et AFP, 18 juillet).
Le compère a été photographié près du col du Bonhomme (site de migration connu pour les oiseaux).
Et c’est aujourd’hui même, 25 juillet, que les acteurs concernés doivent se réunir avec le préfet pour discuter des dispositions à prendre.
Comme annoncé dans notre billet du 20 février, TF1 a commencé à montrer des photos de brebis égorgées dans son journal de 13 h…
Ça risque de rouspéter, d’autant que ça chauffe déjà dans les Hautes-Alpes où la préfète a pris des mesures contre les dernières attaques, permettant un « tir de prélèvement », autrement dit la chasse (ponctuelle) au loup.
La ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet doit recevoir des bergers et des élus plutôt remontés ce mercredi, et elle a assuré hier soir que l’abattage d’un loup pouvait intervenir dès aujourd’hui.
Pas forcément le meilleur des climats pour faire accepter l’arrivée d’un loup dans les Vosges…
 
Malgré tout, et même si les histoires de loup font un peu de bruit cet été (sa présence se confirme dans le Massif central), nous sommes confiants. L’Italie comme l’Espagne, nos voisins, et de nombreux pays à travers le monde, parviennent depuis toujours à vivre avec les loups.
La situation française finira par s’équilibrer elle aussi. Le loup est désormais bien implanté, et les bergers ont réappris et continuent de réapprendre à protéger leurs troupeaux. La cohabitation existe désormais depuis 1992, près de 20 ans. Elle continuera. 

Publié dans Biodiversité sauvage

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Sécheresse, œufs et adoption

Publié le par lesbiodiversitaires

Problèmes de reproduction chez des courlis...
 
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Courlis cendré
 
Alors que nous nous posons toujours la question des conséquences d’une période de sécheresse prolongée sur l’éclosion des œufs sauvages, un ami de Franche-Comté nous rapporte un problème de reproduction chez les courlis cendrés, dans une zone où des mesures de protection ont été mises en place pour tenter d'améliorer les succès de reproduction de l'espèce.
 
Il nous écrit ceci : « Je lis toujours avec beaucoup d'intérêt vos articles. Celui sur l'éclosion des œufs par temps de sécheresse m'a peut-être fourni une explication à ce que nous avons observé sur un nid de courlis. Après la date d'éclosion prévue, les coquilles ont été retrouvées écrasées dans le nid, ce qui semblait inhabituel. D'habitude, les coquilles sont ouvertes et les deux parties restent intactes ou presque. Nous avons également été surpris par l'épaisseur et l'apparente rigidité de la membrane blanche ».
 
Chez notre poule aussi, les œufs non éclos avaient fini complètement écrasés dans le nid. De même, chez les poules, une bonne éclosion se déroule avec une coquille bien cassée, peu abîmée. Alors, sécheresse ?
 
L’éleveur de poules Orpington nous a bien confirmé que chez les volailles, dans tous les cas, la sécheresse est souvent fatale à une couvée.
D’ailleurs, le seul poussin qui est né (aidé) a fini par mourir au bout de 15 jours, brutalement.
Sans doute, selon l’éleveur, une faiblesse liée à une éclosion qui a duré trop longtemps et qui a affaibli ses défenses immunitaires.
 
...et adoption chez les poules
 L’histoire de la couvée Orpington aurait ainsi dû finir par un échec…
La poule qui avait perdu son poussin s’était réfugiée dans un coin du jardin, sans plus bouger. Puis elle avait ensuite cherché à appeler près d’elle les poussins de la seconde poule… en vain.
Deux jours après la mort de son poussin, nous sommes retournés chez l’éleveur d’Orpington prendre deux poulettes de 2 mois.
Or ces jeunes Orpington avaient encore leur piaillement de poussin.
Alors le soir, on a tenté… On a posé délicatement les deux poulettes contre la poule qui était couchée dans son nid. Cette dernière a soudain ouvert des yeux tout ronds, sans bouger d’une plume. Et les poulettes se sont endormies contre elle.
 
Le lendemain, la poule n’avait d’yeux que pour ces deux poulettes, qu’elle ne cessait de suivre et d’appeler. Les petites Orpington, élevées en couveuse, n’ont pas compris immédiatement de quoi il s’agissait. Elles étaient craintives.
Mais dès le second jour, l’adoption était réciproque. Elles suivaient la poule partout, et elles se couchent désormais sous elle. C’est un sacré spectacle de voir ces deux poulettes, qui ont largement l’âge d’être sevrées et qui n’avaient jamais eu de mère auparavant, se glisser sous la poule pour dormir, comme des poussins, bien au chaud sous les plumes !
Cette foutue sécheresse nous aura au moins permis d’observer à la fois les conséquences désastreuses qu'elle peut avoir sur l’éclosion et un sympathique comportement d’adoption.
 
ER orpigton et noire de challans
Poulette Orpington sous les yeux de sa mère adoptive, une Noire de Challans

Publié dans Biodiversité sauvage

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De (la vache) Aubrac à l’Aubrac ou la métamorphose d’une vache

Publié le par lesbiodiversitaires

Quelle différence y a-t-il entre la photo d’une vache Aubrac du début du XXe, efflanquée et farouche et celle d’un animal photographié en 2011, volumineux et bas sur pattes ? S’agit-il de la même race ? Réponses…
 
La race bovine d’Aubrac est très ancienne. Elle est déjà mentionnée dans les ouvrages de la seconde moitié du XVIIIe  siècle et existait probablement avant. Au début du XIXe siècle, elle est également connue sous le nom de race de Laguiole. Laguiole : cette bourgade, chef-lieu de canton de l’Aveyron, est l’épicentre de la répartition de cette race. Mais on la trouve ailleurs, bien entendu : en Aubrac, bien sûr, cet immense plateau qui ressemble à une mer intérieure, mais plus largement dans les départements de l’Aveyron et de la Lozère. Au nord, elle atteint le sud-est du Cantal (autour de Saint-Flour) et le sud-ouest de la Haute-Loire ; à l’est elle effleure l’Ardèche, tandis qu’elle descend jusque dans le nord-est du Tarn et le nord-ouest de l’Hérault (répartition du XIXe et du début du XXe siècle).
 
1--Aubrac---répartition----
   Aire de répartition géographique de la race d’Aubrac au début du XXe siècle.
 
Une Aubrac ou des Aubrac ?
Voilà pour sa répartition au sens large. Car avant qu’elle ne devienne la race que nous connaissons aujourd’hui, il fut un temps où se trouvaient plusieurs populations dans l’aire géographique précitée. Ainsi connaissait-on les populations du  Rouergue, Causses et Ségala, assez mal définies. Mais également dans le Tarn, l’Aude et l’Hérault la « race » d’Anglès, plus pâle, de couleur plus blaireau, de même que sa cousine, la « race » de la Montagne Noire (pour ces races voir mon livre A nos vaches…). Toutes ces variétés ont aujourd’hui disparu, absorbées par l’Aubrac. Enfin, une autre race vivait aux côtés de l’Aubrac, c’est la race du Gévaudan qui s’en distinguait par sa taille et son aptitude plus laitière (voir encadré ci-dessous).
 
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     Troupeau de vaches d’Anglès dans la région de Mazamet (Hautes-Cévennes. Noter le pelage blaireau de certains animaux et la variation assez forte des robes.
   
Les autres races voisines sont la Salers dont elle serait proche génétiquement (Grosclaude et al. 1990), la race du Mézenc ou Mézine de Haute-Loire, aujourd’hui malheureusement disparue, puis à l’ouest et au sud-ouest la Blonde d’Aquitaine, et enfin la Gasconne vers la Haute-Garonne notamment.
Sa filiation reste cependant controversée. Si la génétique semble plaider pour une proximité avec la Salers, certains auteurs comme Denis (2010) la rattache au grand groupe alpin (avec la Brune, la Tarentaise, la Gasconne ou encore la Mirandaise). Et cet auteur y voit une certaine parenté avec la Gasconne.
 
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  Vache de Salers (photo M. Vaslin)
 
Pourtant d’un point de vue morphologique, on pourrait aussi considérer l’Aubrac comme parente avec la Parthenaise et ses cousines (Nantaise et, surtout Maraîchine) avec lesquelles elle partage la couleur de robe, le cornage et une certaine conformation). Ce fut l’avis de certains auteurs du XIXe siècle. Certaines races espagnoles lui ressemblent également.
 
Portrait au fil du temps
Au milieu du XIXe siècle, Moll et Gayot (1860) décrivent l’Aubrac comme ayant les jambes courtes, le tronc imposant, le poitrail large, le dos écrasé et aplati et les ischions (os de l’articulation de la hanche) écartées. En clair, l’Aubrac n’est pas encore très gracieuse, mais c’est pourtant déjà une « belle tête », notamment avec ses yeux comme passés au khôl et ses belles cornes relevées et contournées avec grâce mais qui, notons-le, sont considérées comme « courtes » à l’époque.
La robe est encore variable : principalement fauve, certains animaux ont les extrémités et la tête charbonnés (parfois fortement, surtout chez le taureau, mais aussi chez la vache), tandis que d’autres présentent une robe plus pâle, blaireau (teintée de gris) ou, au contraire très enfumée, tirant sur le noirâtre (influence de la race du Gévaudan ?). Le mufle (sombre) est entouré d’une auréole blanchâtre. Le poil est veloutée et la peau souple.
Les photos anciennes montrent souvent des animaux assez osseux, plutôt grêles, notamment dans l’est de sa répartition, là où l’Aubrac jouxte celle de la race du Gévaudan. Dans son centre d’exploitation (le plateau d’Aubrac, autour de cette bourgade éponyme et de Laguiole) les animaux sont de meilleure conformation. Le substrat sur lequel vivent les animaux et ce qu’ils mangent jouent fortement sur celle-ci. Le nord-est de la Lozère par exemple, sur sol principalement schisteux et aux pâturages maigres entrecoupés de bois de résineux ne peut concurrencer les vastes pâtures du nord de l’Aveyron !
 
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   Troupeau d’Aubrac, près de Laguiole, vers 1900.
 
4.2.-Aubrac-sombre---vache-.jpg
Vache d’Aubrac à la traite et son veau, vers 1900. Noter la silhouette fine, plutôt haute sur pattes, les cornes assez courtes, les extrémités et la tête charbonnées.
 
 Au fil des décennies, et avec un recentrage sur la finalité de l’élevage de cette race (voir ci-dessous), sa morphologie va changer.
Tout d’abord – et même si c’est anecdotique – il semble bien qu’au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, les cornes de l’Aubrac soient devenues plus longues. Il est possible qu’une sélection ait été faite dans ce sens car les auteurs anciens parlent bien de cornes certes fortes mais de longueur médiocre. A noter tout de même que la race d’Anglès, qui a été absorbée par l’Aubrac, avait des cornes plus longues que cette dernière (Baudement). Ce qui n’est aujourd’hui plus le cas. Il n’est guère fait mention de ce point dans la littérature zootechnique…
Ensuite la robe. Nous avons dit précédemment que bien que fauve, elle pouvait être assez variable. Il est possible que les anciennes variétés aient contribué à cette variabilité : noirâtre pour la Gévaudan, blaireau (grise) pour les « races » d’Anglès et de la Montagne Noire, plus rouge pour la population du Ségala. Là encore les photos anciennes en témoignent. Actuellement la couleur fauve domine, avec une variation déjà signalée allant du froment au charbonné.
 
           5---types-de-pelage 
  Variations de la couleur de la robe : fauve charbonné (en haut) – fauve (au milieu, la robe la plus courante) – et froment.
 
 Bonne à tout faire
 Initialement, la race d’Aubrac était une race mixte à triple aptitude : le travail, la viande et secondairement, le lait.
Nul doute que l’Aubrac est une race faite pour le travail. Jusqu’à l’arrivée de la mécanisation, elle est réputée pour cela. Fait remarquable, la vache est jugée toute aussi bonne, sinon meilleure, que le bœuf (et aussi plus robuste, plus sobre et plus intelligente !). Ainsi en montagne, les bœufs ne peuvent guère tirer un charroie sur plus de 20km, tandis qu’une bonne paire de vaches peut aller plus loin. Les bœufs sont réservés à des travaux de labour où ils sont meilleurs que les vaches.
C’est ainsi que l’Aubrac s’exporte notamment vers le sud. De plus c’est une race extrêmement rustique, qui vit dans des conditions très rudes (pour ce qui connaissent le plateau de l’Aubrac…) et qui se contente de peu pour se nourrir.
 
6.2--Aubrac---boeufs---.jpg
   Paire de bœufs d’Aubrac, vers 1900.
 
            6.1--Aubrac---vaches---Seri              Paire de vaches d’Aubrac conduite par mon arrière-grand-mère, Cantal, années 1920.
 
Elle est aussi connue, dès le XIXe siècle, pour être une très bonne race allaitante (élevage de veaux), et d’engraissement plutôt aisé, ce qui permet de réformer les bœufs et les vaches âgés pour la boucherie. La viande est également connue pour être savoureuse (et elle l’est toujours ! Allez la goûter dans les restaurants d’Aubrac dont un particulièrement célèbre à Laguiole !).
                                          7--Aubrac---vache-et-veau--
Vache et son veau dans le parc à veaux, vers 1900. Après avoir fait téter le veau quelques instants, on l’attache à sa mère qui se laisse alors traire docilement.
 

Par contre ce n’est une bonne laitière, du moins dans sa très grande majorité. Et pourtant… C’est avec son lait que s’est faite la réputation du fromage de Laguiole, AOC depuis 1961 et aujourd’hui, Appellation d’origine protégée (AOP). Celui-ci était fabriqué dans les burons du Cantal (sud du département), de la Lozère et de l’Aveyron.

 

                          8.2. - buron

                 Un buron (photo refuges-info).
                                    8.1--Aubrac--vaches-traite-- 
Le cantalès (responsable du buron, au premier plan) et le pastré (vacher) dans un bureau d’Aubrac, vers 1900.

 

Déclin et renaissance : l’Aubrac a pris du poids
La fin de la traction animale se situe après la Seconde guerre mondiale. Dans ces régions pauvres du Massif central, les attelages de bovins vont perdurer jusqu’au début/milieu des années 1960, mais déjà le nombre de bœufs a chuté… C’est là la première cause du déclin de l’Aubrac au cours du XXe siècle.
Ensuite le nombre de burons où le fromage est fabriqué diminue lui aussi fortement, surtout à partir des années 1930. Ainsi il passe de 350 à la fin du XIXe siècle à 141 dans les années 1950 et à… 3 en 1994. La traite dans les estives est peu à peu abandonnée dans les années 1950 et 1960. De plus, l’Aubrac n’a pas le lait comme vocation principale. Elle va être alors peu à peu remplacée par des races plus laitières et notamment la Simmental en Aveyron aujourd’hui reconnue comme race « agréée » pour le fromage de Laguiole.
Les souches « laitières » de l’Aubrac sont aujourd’hui réduites comme peau de chagrin. Il ne doit guère plus rester qu’une vingtaine de vaches qui sont traites.
 
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  Nénette, une des dernières vaches de souche laitière, élevage Miquel, Conquettes, Aveyron, 2009.Remarquer le pis bien conformé avec des veines visibles, typiques d’une bonne laitière.
 
Le nouveau débouché de l’Aubrac – et ce qui l’a finalement sauvé – c’est son débouché comme vache allaitante. Exit le travail et le lait, on s’est alors attaché dès les années 1970  à la transformer en race dite « à viande » : veau sous la mère, broutards (jeunes veaux de boucherie) et animaux adultes réformés pour la viande. Evidemment cela eu des conséquences sur la morphologie de la race. Au fil des dernières décennies, l’Aubrac est devenue nettement plus massive – accentuant encore son aspect « bas sur pattes ». On lui reprochait autrefois d’avoir un avant-train bien marqué (pour le travail), alors que l’arrière-train était considéré comme un peu faible.  Ce qui avait fait dire à Moll et Gayot : « n’ôtez rien au premier, mais ajoutez au second ». Un siècle plus tard, leur phrase prémonitoire était entendue ! Et même un peu trop : ainsi des animaux porteur du gène culard (hypertrophie de l’arrière-train) sont présents en race d’Aubrac (on peut s’interroger d’ailleurs sur cette présence. Il semble bien qu’il  y ait eu des infusions « non officielles », mais ponctuelles, de race Parthenaise qui possède largement le gène « culard ». On cherche cependant à réduire la fréquence de ce gène dans la race d’Aubrac.
                             10--Aubrac-genisses-Oradour.jpg
 Génisse d’Aubrac « cularde ». Certains animaux peuvent être encore plus « culards » que celui-ci.
 
En clair, avec le changement d’objectif dans la sélection, la race à perdu en production laitière et a gagné en épaisseur et en poids. Les « bourets » d’antan, ces jeunes veaux élevés sous la mère et qui ont fait la réputation de la race sont aujourd’hui remplacés par des broutards qui connaissent un grand succès, notamment en Italie.
 
Mais la race aurait vraiment pu disparaître, avec un effectif minimum en 1979. A cette époque, on croise l’Aubrac industriellement avec des races à vocation bouchère comme la Charolaise, ce qui conduit au déclin inexorable de la race. C’est à ce moment-là qu’est créé l’Union Aubrac, par la volonté d’éleveurs passionnés qui ne veulent pas voir leur race disparaître. Dès lors les « affaires reprennent » pour l’Aubrac qui non seulement se développe à nouveau dans sa terre d’origine mais est également exportée, aussi bien en France (y compris les « DOM-TOM » qu’à l’étranger (jusqu’en Nouvelle-Zélande).
 
 11---effectifs-1.jpg
Effectifs de la race d’Aubrac (1892-2010)
 
Ainsi la race Aubrac est-elle sauvée, du moins on peut l’espérer. Mais ce sauvetage, dont on ne peut que se réjouir, c’est fait aussi à travers une quasi « métamorphose » des animaux. Destinée à la boucherie, l’Aubrac a perdu un peu de son côté farouche et altier pour devenir un animal plus gros, plus musclé, plus précoce que par le passé. Les souches laitières qui ont fait le succès du fromage de Laguiole sont en voie de disparition. Le travail n’existe plus sauf pour quelques fêtes estivales destinées au tourisme (ce qui n’est pas un mal en soi !). L’Aubrac ancestrale et originelle a disparu. Du moins s’est-elle transformée en Aubrac du XXIe siècle. L’avenir nous dira si la « métamorphose » a réussi ou pas.
 
15---Aubrac---Belinay-15.jpg
  Troupeau de vaches, Cantal, 2011. Les animaux sont aujourd’hui nettement plus charpentés que par le passé, notamment au niveau de l’arrière-train. La vocation bouchère a pris le dessus.
 
 
L’autre bête du Gévaudan : une vache.
 
Jusqu’au tout début du XXe siècle vivait une petite vache sur les hauteurs perdues et pauvres du Gévaudan. On n’en sait pas grand-chose, car dès le milieu du XIXe siècle, elle semble déjà subir les assauts de ses voisines, principalement l’Aubrac. Aussi les descriptions qui en sont faites sont des copier-coller entre les auteurs de l’époque. Vers 1875, l’agronome Moll en voit en Lozère, mais beaucoup sont déjà des croisements. Son aire de répartition  est donc la région de Saint-Chély,
De Saint-Alban, de Saint-Amans, de Grandrieu, du Malzieu et de Châteauneuf. Egalement autour de Serverette et d’Aumont, Fournels, en Haute-Loire.
La race du Gévaudan – que l’on appelait aussi race de Lozère, Lozerole ou Lozérienne ou encore Gévaudanne – était bien différente de l’Aubrac. C’était un animal à l’allure fine, « féminine » disent les auteurs de l’époque, à l’ossature déliée, la peau douce et l’allure vive. Les cornes sont fines, relevées vers le haut. La robe est bien différente de celle de l’Aubrac : elle est sombre, variant du froment ou fauve foncé et du châtain au presque noir (donc nettement plus sombre que celle de l’Aubrac). Enfin, elle est de petite taille (1,20 m) et rappelle, toujours pour les auteurs de l’époque, la Bretonne pie-noir.
C’était visiblement une bonne laitière, pouvant donner jusqu’à 10 à 12 litres de lait par jour (contre 9 à 10 pour l’Aubrac à la même époque). On l’exportait d’ailleurs vers le Midi.
 
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  Vache du Gévaudan, vers 1875. Remarquer la silhouette fine et élancée, les cornes courtes, le pelage sombre, bien différents de la race d’Aubrac.
 
Mais voilà. On a voulu la croiser avec l’Aubrac (mais aussi la Salers) et les produits n’ont pas donné grand-chose. Aussi s’est-elle éteinte, vraisemblablement au tout début du XXe siècle. Il est cependant probable, comme le montrent certaines photos anciennes, qu’elle ait perdurée quelques années encore, sans doute sous forme de croisements. On retrouve des animaux à la conformation légère et de petite taille, aux cornes assez courtes (mais pas toujours), au pelage charbonné ou presque noir qui présentent des affinités avec la Gévaudan. Un animal photographié par Adrien Tournachon, frère de Nadar, au concours universel agricole de 1856 ressemble assez fortement à une vache de la race du Gévaudan, tout comme l’animal présenté comme « Aubrac » dans le livre de Baudement datant de la même époque.
 
13---Vaches-de-type-Gévauda   
 Montage représentant des animaux de type « Gévaudan » : lithographie de Baudement (1860, en haut à droite), photographie d’A. Tournachon (1856, en bas) et dessin extrait de Moll et Gayot (1860, en haut à droite). Il est assez probable que le dessin de Baudement soit tiré de la photo de Tournachon tant les deux animaux se ressemblent. Mais ils ressemblent également au dessin de Moll et Gayot !  Les flèches montrent les points communs : queue en crosse (1), blanc   à la base du membre arrière et à celle du fanon (2 et 3), auréole blanche autour du mufle (4).
 
Alors Aubrac ? Gévaudan ? animaux croisés ?...
 
Il ne reste rien de la race du Gévaudan (car c’était bien à proprement parler une race, vu ses caractéristiques). Peut-être les zones enfumées de l’Aubrac sont-elles un vestige de celle-ci ? C’est peu probable, mais au-moins cela peut-il nous faire encore rêver…
 
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 Groupe de vaches en Lozère vers 1900. Là encore les animaux sont sveltes, à cornes courtes et allure fine. Les robes de certaines sont sombres. Il peut s’agir d’animaux croisés Aubrac avec l’ancienne race du  Gévaudan.
 
 
 
Bibliographie :
 
Ÿ Baudement E. (1862). Les races bovines au concours universel agricole de Paris en 1856. Imprimerie impériale, Paris.
 
Ÿ Denis B. (2010). Races bovines. Histoire, aptitudes, situation actuelle. Castor & Pollux, 320p.
 
Ÿ Dubois Ph.J. (2011). A nos vaches. Inventaire des races bovines menacées et disparues de France. Delachaux & Niestlé. 448p.
 
ŸGrosclaude F., Aupetit R.Y., Lefebvre J. et Mériaux J.C. (1990). Essai d'analyse des relations génétiques entre les races bovines françaises à l'aide de polymorphisme biochimique Genet. Sel. Evol. 22 : 317-338.
 
ŸMoll L. et Gayot E. (1860). La connaissance générale du bœuf. Etudes de zootechnie pratique. Firmin Didot, Paris, 600p.
 
 

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Oiseaux : longue sécheresse et difficultés à l’éclosion

Publié le par lesbiodiversitaires

Ces dernières semaines, les médias ont beaucoup parlé des effets de la sécheresse sur notre environnement. Nous en avons découvert un autre, auquel nous n’avions pas du tout pensé.
Les périodes de fortes sécheresses sont très néfastes aux éclosions d’œufs, car elles dessèchent la membrane interne de l’œuf (membrane coquillière), juste sous la coquille, rendant parfois l’éclosion impossible pour les poussins.
Ce phénomène est en fait très connu des éleveurs d’oiseaux, notamment chez ceux qui utilisent des couveuses artificielles. Une hygrométrie trop élevée ou pas assez pose de gros problèmes à l’éclosion. Dans la nature, même chose : printemps pourri ou sécheresse prolongée peuvent influer sur le taux d’éclosion.
Nous avons appris tout cela à nos dépens lors de la dernière couvée d’une de nos poules. Notre vieille Noire de Challans étant prise de couvade, et ne voulant pas recommencer l’histoire de l’omelette postale en commandant des œufs sur internet (voir article A Pâques, les œufs, quelle galère ! du 26 avril 2011), nous sommes allés chercher des œufs fécondés chez l’éleveur le plus proche de chez nous qui fait de l’Orpington.
 
Orpington ER
L'Orpington est une poule volumineuse, dite race lourde à plumage mou,
originaire de Grande-Bretagne, créée en 1880.
Pour en savoir plus sur la race suivez ce lien.
 
D’un point de vue biodiversitaire, il est moins urgent d’élever de l’Orpington que de la Noire de Challans ou de la Marans, car cette énorme poule anglaise est assez répandue. Magnifique poule d’ornement, doublée d’une bonne pondeuse, bonne mère, et d’un caractère des plus aimables, elle est mondialement appréciée. Mais bon, trouver des œufs fécondés est parfois une telle galère que nous avons cédé à la facilité orpingtonnienne. D’autant que c’est une très belle race, qui nous a séduits. Exception faite à la règle biodiversitaire, donc, de n’élever que des races à petits effectifs (cela dit, une belle Orpington est toujours bien plus rare que tous ces foutus poulets industriels qui parsèment nos campagnes !).
Sauf que… cette interminable sécheresse a tout foutu en l’air. Après les 21 jours de couvaison, nous avons entendu les pépiements caractéristiques de l’éclosion. Nous laissons faire la nature et au petit matin, en revenant, voici que je trouve la poule « sur les nerfs ». Je la soulève : cauchemar ! Des poussins étouffés dans l’œuf, la coquille en miettes, pris dans une membrane blanche ultra sèche, morts et froids. Ils n’avaient pas réussi à éclore.
Il en restait un seul… piaillant encore, mais suivant le même chemin que ses frères vers l’étouffement, collé à sa membrane blanche, la coquille en miette, qui ne s’en sortait pas.
Alors j’ai fait la chose à ne pas faire : aider un poussin à sortir de sa coquille.
Pourquoi est-il normalement formellement interdit d’intervenir ?
Parce que :
1.     Un poussin qui naturellement n’arrive pas à éclore a quasiment toujours un problème (faiblesse, handicap) qui fait qu’il mourra de toutes les manières dans les heures ou jours à venir. Il faut donc laisser faire la sélection naturelle.
2.     C’est une opération extrêmement délicate qui se solde généralement par un problème d’hémorragie conduisant à la mort du poussin. Très risqué, donc.
Je voyais bien cependant qu’il y avait un problème pour que toute la couvée soit morte (statistiquement, une couvée entière ne peut pas n’avoir que des poussins non viables). De fort mauvaise humeur à l’idée de faire une bêtise, mais n’ayant pas le cœur de laisser cette pauvre poule assister à l’échec de toute sa couvée sans rien faire, ni de laisser s’étouffer sous mes yeux le dernier poussin vivant qui piaillait tout ce qu’il pouvait, j’ai décidé d’intervenir, tout en pensant aux professionnels de l’aviculture qui maudiraient mon « sentimentalisme » et les risques pris. Et c’est là que j’ai vu à quel point la membrane blanche était sèche et dure. J’ai eu le plus grand mal à déchirer délicatement la partie qui collait la tête du poussin. Je lui ai seulement dégagé la tête et un peu de l’aile et le pauvre poussin, rassemblant ses forces, a réussi à expulser de lui-même le reste de sa coquille (ça faisait un moment qu’il luttait !). La poule était toujours furieuse, me balançant une bonne trentaine de coups de bec. J’ai ensuite nettoyé le nid, enlevant les poussins morts dans l’œuf. Le poussin sauvé piaillait et séchait sous sa mère, mais je ne donnais pas cher de sa peau après une éclosion aussi laborieuse. Quelques heures après, un de ses yeux était si sec qu’il était totalement collé, comme s’il était borgne, et il a fallu le lui ouvrir très délicatement avec un coton et un peu de sérum physiologique.
C’est seulement après toutes ces opérations, en consultant différents sites d’aviculture, que j’ai compris que cette éclosion catastrophique était à lier directement à la période d’intense sécheresse qui avait eu lieu durant toute la couvaison.
Et finalement, j’ai quand même bien fait d’aider le mini-Orpington, car il a repris du duvet de la bête. Il a à présent 7 jours, il est tout rond, la poule semble ravie et s'est calmée. Si à présent il meurt, ce ne sera pas du fait de son éclosion malheureuse, mais pour une toute autre raison !
 
poussin orpington ER
   Le seul rescapé de la sécheresse !  
 
La question que nous nous posons à présent est la suivante : si cette histoire (assez banale selon les aviculteurs) a pu arriver à une poule couvant dans des conditions naturelles, il n’est pas invraisemblable que les oiseaux sauvages qui étaient en couvaison au même moment aient subi eux aussi de grosses pertes. Il est sans doute encore trop tôt pour le savoir, mais nous avons désormais quelques craintes. Si vous avez des idées sur la question…
 

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Un campagnol qui fait le mariole

Publié le par lesbiodiversitaires

campagnol ER 2011En avril, nous avons photographié ce culotté petit animal dans le Cantal, faisant un raffut de tous les diables pour construire son « nid » sous un banc de pierre sur lequel nous étions assis. Rien à fiche de notre présence ! Il faisait des allers-retours en apportant des herbes dans sa cachette, en pleine journée.
Vue sa trombine, nous en avons conclu qu’il s’agissait d’un campagnol agreste.
Pour essayer de comprendre les raisons d’un tel manque de discrétion, nous avons contacté l’éminent François Moutou, vétérinaire, épidémiologiste et mammalogiste (Société française pour l’étude et la protection des mammifères).
  
« Oui, nous a répondu François, on dirait bien un agreste mais quand même, le meilleur critère est dentaire…
Une tique sur la joue droite ?
Sinon, pour répondre à votre question, quelques pistes : 
  
-          Trop ahuri pour réagir,

-          Une vraie urgence,

-          Vous étiez hors de sa zone de perception (le monde d’un campagnol, l’espace ressenti         autour de lui, doit avoir un rayon assez faible),

-          Vous faisiez partie des « meubles »,

-          Sourd, dingue et myope,

-          Franchement gonflé,

-          Très confiant,

-          Un peu de tout cela. »

 
L’analyse nous semble des plus justes. On espère juste pour cette sacrée bestiole qu’un chat ne sera pas passé par là juste après nous !
 
Aperçu dcampagnol ERu campagnol agreste
Le nom latin de cette petite bestiole est Microtus agrestis. Les Microtus sont des campagnols de petites tailles et à queue courte (comme on peut le voir sur la photo). Le campagnol agreste aime vivre dans les terrains aux herbes hautes, jusqu’à 2 000 m d’altitude. Il se nourrit de graminées, et il est nocturne et diurne (c’est pourquoi on a pu le voir s’activer en pleine journée). On le trouve dans pratiquement toute la France continentale. Il fait un nid sphérique dans une touffe d’herbe ou une enfourchure basse (ce qui correspond bien à l’anfractuosité du banc de pierre où nous l’avons observé). Il ne vit guère plus de deux ans : ses prédateurs sont entre autres la belette et les rapaces.
 
  
         campagnol - Elise Rousseau
 
Bibliographie :
-          Guide des mammifères d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, S. Aulagnier, P. Haffner, A.J. Mitchell-Jones, F. Moutou, J. Zima, Delachaux et Niestlé, 2010
-          Guide complet des mammifères de France et d’Europe, David W. Macdonald, Priscilla Barrett, Delachaux et Niestlé, 2005

Publié dans Biodiversité sauvage

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Le scandale de la vache d’Amsterdam

Publié le par lesbiodiversitaires

Amsterdam ? Vache ? Scandale ? Quel rapport ? Ce n’est pas le titre d’un thriller, mais celui d’un roman noir où aveuglement et incompétence ont conduit à la disparition d’une population bovine unique au monde. Récit d’un bovicide
 
 L’île d’Amsterdam, dans les eaux subantarctiques, est le dernier lieu où vivre. Cette île de 58 km2, ouverte à tous les hurlants et les rugissants, n’héberge qu’une maigre végétation et des colonies d’oiseaux marins. Pourtant, en 1871 (ou 1873), une famille venue de la Réunion (les Heurtin), tente de s’y implanter comme agriculteurs. Ils viennent alors avec 6 bovins et diverses plantes fourragères. Mais les conditions sont si rudes que, quelques mois plus tard, la famille Heurtin repart à la Réunion laissant là… les bovins. Voici l’histoire, la légende peut-être, car il est possible qu’il y ait déjà eu des bovins auparavant, laissés par les navigateurs du XVIIe et du XVIIIe siècles, qui trouvaient ainsi de la viande fraîche lorsqu’ils repassaient par là.
 
                                      638px-Indian Ocean laea relief location map copie
 
Peu importe. Toujours est-il que, pendant des décennies, ce troupeau de bovins s’est développé sur l’île en milieu fermé (endogamie), sans autre apport extérieur, constituant alors une population totalement autonome. Sans prédateurs, les bovins se multiplient pour atteindre 1 650 animaux en 1985. A noter que d’autres animaux ont été également introduits sur l’les îles de l'archipel de Kerguelen comme le mouflon, la mouton de race Bizet (du Massif central) et tout le cortège d’espèces liées à l’homme (rats, chats, etc.) sur toutes ces îles.
 
          ile_amsterdam.jpg
 
Les vaches du vent
Ces animaux, qui n’ont jamais été sélectionnés, montrent une grande variété de pelages et de cornes. Globalement ce sont de petits animaux (1,10 à 1,30 m au garrot), plutôt légers (190 à 380 kg). Le pelage est noir ou fauve, ou encore froment, rarement tricolore. Les muqueuses sont noires ou claires. Les cornes ont une forme de U plus ou moins aplati.
 
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                              troupeau de vaches d'Amsterdam - années 1970 - André Fatras
 
L’origine géographique de ces bovins est connue. On sait qu’ils viennent de l’île de la Réunion où se trouvaient à l’époque des animaux de type Jersiaise, Brune (des Alpes), Tarentaise et Bretonne pie-noir. Ce sont donc des animaux de type « taurin » et non de type « zébu » car ils ne possèdent aucun trait morphologique avec ces derniers animaux (absence de bosse de graisse, implantation des cornes). Il s’agit d’animaux d’origine européenne diverse comme en témoigne la diversité des robes (ceci a été ultérieurement confirmé par la génétique).
 
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         vaches et veaux - 2003 - François Colas
 
Ces animaux vivent en petites hardes, composés de 30 à 100 sujets dans le Bas-Pays (bord de mer). Ici les animaux sont souvent maigres, du fait de l’aridité des lieux. Dans le Haut-Pays  (plus à l’intérieur des terres), on trouve des groupes de 5 à 30 têtes, en bien meilleur état, se déplaçant assez peu. Les jeunes animaux, les jeunes taureaux, les vaches pleines ou suitées, les animaux malades sont refoulés vers le Bas-Pays.
 
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                                                       groupe de taureaux- 2003 - François Colas
 
Les bovins de l’île d’Amsterdam sont farouches puisque retournés à l’état sauvage. Les jeunes tètent longtemps leur mère (jusqu’à la gestation suivante). Régulièrement des animaux sont tirés, notamment pour nourrir le personnel qui vit sur l’île. Longtemps la population a été estimée entre 800 et 1 100 têtes.
 
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                               vache de l'île d'Amsterdam - 2003 - François Colas
 
 
Bos non grata
Visiblement la densité des bovins était devenue trop importante. Des phénomènes de surpâturage sont constatés. Certaines espèces végétales endémiques sont alors menacées. De plus les bovins viennent empiéter sur le territoire de reproduction de certains oiseaux. En effet, l’île abrite surtout des oiseaux marins et notamment des albatros. Parmi eux, l’albatros d’Amsterdam Diomedea amsterdamensis, élevé au rang d’espèce et qui compte seulement qu’un peu moins de 100 individus. C’est dire si l’espèce est fragile et menacée.
Elle n’a pourtant sans doute jamais été bien abondante. Dès 1987 des tirs sur les ruminants sont pratiqués pour limiter les populations, ce qui permet alors à certaines plantes de regagner du terrain. Dans le même temps, la population d’albatros a augmenté de 5 % par an entre 1983 et 2007.
 
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                                                    Albatros de l'île d'Amsterdam - Wikipédia
 
Mais ce n’est pas suffisant : les scientifiques travaillant sur place comme ceux qui siègent dans des commissions en métropole ont décidé qu’il fallait abattre le troupeau de bovins, comme celui des mouflons et des moutons.
 
Et là, tout bascule.
 
A la suite d’un arrêté préfectoral engagé depuis 2009, dans le cadre du plan d’action biodiversité, l’administration des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF), il a été décidé de procéder à l’éradication des troupeaux de ruminants des îles Kerguelen et d’Amsterdam. La mise en œuvre de cet arrêté se déroule en 2010, année mondiale de la biodiversité. Cette action reçoit le soutien du Comité de l’Environnement Polaire et du Conseil consultatif des TAAF. Figurent dans ces comités des personnes venues d’horizons divers comme Patrick Poivre d’Arvor ou Jean-Louis Etienne, mais également des scientifiques, incluant des écologues, climatologues et géologues, mais étonnement, aucun généticien, ni agronome ni vétérinaire… Tout ceci se fait dans la plus grande discrétion, même si des voix se sont élevées pour évoquer la perte que représenterait la disparition de cette population (le mouton Bizet et le mouflon, également abattus sur les Kerguelen, sont encore présents en Europe. La perte n’est donc pas grave).
L’abattage a donc lieu et l’on peut considérer qu’en 2011 il ne reste plus aucun bovin d’Amsterdam
 
               Amsterdam---taureaux---a-An.jpg
                            taureaux de l'île d'Amsterdam - 2003 - François Colas
 
Aberration et responsabilité
Comment des scientifiques ont pu être à ce point aveuglés par tant d’ignorance ? Y aurait-il plusieurs biodiversités ? La VRAIE, c'est-à-dire la biodiversité sauvage pour laquelle on doit conserver et l’autre, la biodiversité domestique qui serait res nullus ?
Voilà une population bovine, isolée génétiquement pendant 140 ans, vivant dans des conditions climatiques extrêmes, avec son propre patrimoine génétique qui est abattue comme du vulgaire gibier. Alors même que pour la Convention sur la Diversité Biologique, les populations domestiquées ou cultivées sont considérées comme partie intégrante de la diversité globale. Le troupeau de l’île d’Amsterdam constituait une population unique, d’un grand intérêt, tant adaptatif que génétique ou culturel. Sa caractérisation, sa conservation, et son utilisation potentielle ou effective suivaient donc de plein droit les recommandations faites par la FAO.
 
Rien n’y a fait. D’un côté les écologues qui n’ont vu que le côté « invasif » de ces animaux. On peut regretter que des personnes comme Michel Pascal ou Henri Weimerskirch n’aient, pas un instant, vu plus loin que le bout de leur lorgnette chercheuse. De l’autre côté, des agronomes, des vétérinaires, des protecteurs de la biodiversité sous toutes ses formes ont tiré la sonnette d’alarme, au premier rang desquels figure François Colas. Comment se fait-il que les premiers n’aient même pas pensé un instant que l’on puisse garder un troupeau-conservatoire en enclos sur l’île, ou prélever des ovocytes, de la semence de ces animaux ou encore des embryons que l’on aurait pu garder par système de cryoconservation (officiellement cela n’a pas été fait, jusqu’à preuve du contraire…). Ou même prélever des animaux pour les installer ailleurs (ex-situ). Bref, il y avait des possibilités pour préserver cette population unique à l’heure où les progrès de la génomique permettront, au cours des prochaines années, l’identification d’un nombre croissant de gènes pouvant avoir des intérêts pratiques, tant en terme de sélection que de gestion des cheptels.
 
On a préféré tout éliminer. Et ce sont les rats et les chats, autrement plus problématiques que la présence de bovins (voir notamment Weimerskirsch et al. 2007), qui doivent se frotter les pattes. Ils sont toujours là, eux, et peuvent encore croquer de l’albatros.
 
Toute cette affaire a été rondement menée par le préfet administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises (si, ça existe) – Monsieur Rollon Mouchel Blaisot – qui n’a jamais voulu écouter la voix des défenseurs de la biodiversité domestique. Il est vrai qu’être préfet des manchots et des albatros requiert sans doute plus de compétences, que ce monsieur doit visiblement posséder, que de s’occuper du département de Seine-Saint-Denis ou de la région Aquitaine… On a la promotion qu’on peut.
 
La décision d’abattre ce troupeau, au patrimoine génétique et biologique exceptionnel du fait de leur isolement génétique et géographique extrême, apparaît aujourd’hui comme un non-sens profond. La science et les scientifiques ont parfois des œillères qui nous font tout à coup douter de l’intelligence et du bon sens humains.
 
                         Amsterdam---vache---à-Anto
                                       peut-être la dernière vache de l'île d'Amsterdam ?... - 2003 - François Colas
 
Merci à François Colas, Jean-Olivier Le Gal, Laurent Avon, Pr. Bernard Denis pour certaines informations fournies.
 
Bibliographie
 Lesel R. (1969). Etude d'un troupeau de bovins sauvages vivant sur l'île d'Amsterdam.  Rev. Elev. Méd. Vét. Pays trop. 22 : 107-125.
 Weimerskirch H., Barbraud C., Besson D., Delord K., Guinet C. (2007) Amsterdam : une île sentinelle pour l’observation des changements globaux, IPEV rapport d’activité 2007

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La Marans ou la quête du Graal de l’œuf idéal

Publié le par lesbiodiversitaires

La poule aux œufs d’or est française. C’est la Marans. Cette poule de race ancienne a la particularité de pondre de gros œufs bruns à la coquille épaisse, qu’on pourrait croire en chocolat. Cette particularité exceptionnelle fait de la Marans une race qui, même si elle n’est pas très répandue, n’est pas menacée de disparition. Car les amateurs de la race sont nombreux. La quête de l’œuf le plus gros, le plus brun, à la coquille la plus parfaite, suscite chaque année concours, émois et bruissements. 
 
 oeufs marans beaux
  Beaux oeufs de Marans (image empruntée au Marans club)
 
 oeufs marans
Oeufs de Marans à côté d'un oeuf de poule Noire de Challans (beaucoup plus clair et plus petit),
couvés dans notre poulailler !
Question couleur, une autre poule, l’Araucana, originaire du Chili, peut concurrencer la Marans, car cette commère au look branché pond des œufs… bleus ! Voire roses et verts, ce qui la fait surnommer « poule aux œufs de Pâques ». La Legbar (Angleterre) pond également des œufs bleus (car issue de l’Araucana). Mais laissons de côté ces excentriques.
oeufs auracana
Oeufs d'Araucana (on dirait des dragées !)
Chez les poules aux œufs bruns foncés, la Barnevelder (Pays-Bas) en fait des bien beaux mais… cette race a été créée à base de Marans (c’est de la triche, idem pour la Welsumer !).
Non, seule la rarissime Penedesenca, poule espagnole ancienne, avec ses œufs brun-violet foncé, rivalise dans les teintes foncées avec notre Marans (mais l’œuf n’est pas aussi gros).
Est-il pour autant facile de se procurer cette Marans quasi légendaire ? Pas tant que ça, lorsqu’on ne se trouve pas dans le berceau de la race, la Charente-Maritime. Les élevages ne sont pas si nombreux. Et les particuliers continuent d’avoir dans leur jardin d’insipides poulettes industrielles, ignorant l’existence de la jolie Marans aux œufs merveilleux qui feraient pâlir d’envie tout leur voisinage gallinacien.
Cela fait maintenant plusieurs années que nous courons après une Marans. Sur les 8 œufs Marans froment commandés il y a 3 ans, un seul poussin était né… c’était un coq. Fort beau, qui se croisant avec nos poules Noires de Challans, a produit de très bonnes poules qui, physiquement, par le mélange du roux et du noir, ressemblent beaucoup à des Marans noires cuivrées, à ceci près que les œufs pondus sont d’un brun beaucoup plus clair.
coq marans froment
Jeune coq Marans froment 
Par effet hétérosis peut-être, les poulettes Noires de Challans x Marans froment se révélèrent être fort bonnes pondeuses, bien vaillantes, bonne couveuses et bonnes mères, cumulant les qualités.
Depuis une semaine, suite à la réception de 8 nouveaux œufs Marans noire cuivrée par la poste (dont 4 cassés à l’arrivée), nous avons eu 2 naissances. Pas de quoi crier victoire. Arriverons-nous enfin à avoir dans notre poulailler une poule aux œufs d’or ? A voir la tête bien noire de l’un des deux poussins (les poussins mâles sont plus clairs), il y aurait cette fois quelques chances…
poussin marans noire cuivrée
Poussin de 3 jours Marans noire cuivrée 
 Pour en savoir plus et voir de belles photos d'oeufs de Marans : le Marans club  

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L’art le plus naturel

Publié le par lesbiodiversitaires

Faire de l’art avec la nature, sans abîmer la nature, en la sublimant pour accrocher le regard du passant surpris ?

IMGP7660[1]

IMGP7711[1]
C’est possible, grâce au land’art, cet art fugitif, art d’un instant, rapidement dispersé par les vents. Notre ami Sébastien Provost, ornithologue, naturaliste, conteur à ses heures, fait régulièrement ses « petites installations », comme il dit, en baie du Mont Saint-Michel. On ne peut résister à l’envie de faire partager ces quelques photos de pure poésie.
Nous lui avons demandé si le land-art peut permettre aux passants de prendre conscience de l’importance de protéger la nature. Voici sa réponse :
« Lorsque les touristes viennent en baie du Mont, leur regard est immédiatement absorbé par le Mont-Saint-Michel... Pourtant, le Mont et sa baie forment un tout indissociable. Mes petites installations s'orientent irrémédiablement vers le Mont car c'est une source d'inspiration permanente. Les photos veulent immortaliser ces instants éphémères et montrer la grandeur et la beauté du site, comme un hommage. En prenant un peu de retrait, j'observe ensuite les réactions du public. Beaucoup prennent des photos et semblent intrigués et même touchés par ces installations, comme si leur regard croisait le mien, celui de la baie et du Mont-Saint-Michel...

 IMGP7736bis[1] 
janv 2010 (28)[1]
Interpeler, toucher et sensibiliser avec les vertus de la nature, réhabituer le public à observer et contempler son environnement (trop souvent considéré comme un espace récréatif). Un peu de land'art pour poser le regard et de se laisser imprégner par la poésie de la nature... »
Rochetorin 
IMGP7733[1] 
(photos © Sébastien Provost)
 
 

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