Montée en puissance des tiques du fait du réchauffement climatique : Lyme, un vrai problème pour les naturalistes et les agriculteurs

Publié le par lesbiodiversitaires

Les dérèglements environnementaux actuels génèrent une recrudescence de tiques, et des maladies qui les accompagnent. Paysans, naturalistes, forestiers, randonneurs : toujours en contact avec les hautes herbes et les forêts, nous sommes des populations à risque pour l'une des maladies transmises par les tiques, la maladie de Lyme. Soyons vigilants !

La maladie de Lyme ne se transmet pas d’homme à homme (excepté par transfusion sanguine), mais uniquement suite à la morsure d’une tique infestée (qui ne mord généralement qu'une seule personne à la fois). A première vue, on pourrait donc penser qu'il est difficile de l'attraper.

Or rien que dans nos connaissances, à travers la France, 7 personnes ont déjà été infectées suite à une morsure de tique, dont 2 enfants. A l’échelle individuelle, statistiquement, c’est énorme ! Et dès qu’on en parle aux gens, il y a toujours quelqu’un qui a une belle-sœur, un cousin, un ami qui l’a eue. Il ne s’agit donc pas que d’un emballement médiatique. Dans le milieu des amoureux de la nature, en tout cas, et des personnes qui travaillent dans les campagnes, le problème est réel.

Car parmi les rares animaux profitant des dérèglements environnementaux actuels, les tiques se portent de mieux en mieux…

Tiques du désert de Gobi, Mongolie. Les nôtres sont beaucoup plus petites, ce qui les rend aussi beaucoup plus difficiles à détecter !

Tiques du désert de Gobi, Mongolie. Les nôtres sont beaucoup plus petites, ce qui les rend aussi beaucoup plus difficiles à détecter !

D’abord, pourquoi y a-t-il de plus en plus de tiques ?

Car c’est là le cœur du problème. Les tiques ont toujours porté des maladies, c’est sans doute ainsi depuis la nuit des temps. Or, tout le monde peut aisément en faire le constat, il y a de plus en plus de tiques. Et l’on se fait de plus en plus régulièrement mordre.

Cette augmentation des tiques est liée aux déséquilibres environnementaux générés par l’homme. Une fois encore, nous sommes la cause du problème.

La raison première, c’est le réchauffement climatique. D’une manière générale, l’accroissement des températures est favorable à beaucoup de bestioles qui raccourcissent leur cycle de reproduction et qui, dans certains cas, peuvent se reproduire deux fois par an au lieu d’une.

Ensuite, la déprise agricole favorise l’embuissonnement des milieux, leur fermeture, pour le plus grand plaisir des tiques. Enfin, l’augmentation importante de la grande faune (cerfs, chevreuils, sangliers – vecteurs bien connus des tiques) contribue elle aussi à leur propagation

La maladie de Lyme, qu’est-ce que c’est ?

C’est une maladie qui se soigne très bien… si elle est diagnostiquée. Sinon, elle peut être très grave. Une fois piqué par une tique porteuse de la maladie, soit on a « de la chance » et l’on développe rapidement un érythème migrant rouge, en même temps que des symptômes grippaux. Dans ce cas, rapidement soigné avec des antibiotiques, on est guéri. Soit, ces symptômes ne sont pas présents et dans ce cas, le risque de « chronicisation » de la maladie est important, avec une batterie de symptômes musculaires, articulaires, cardiaques, neurologiques, tout à fait divers et qui égarent le diagnostic…

Le test classique (de type Elisa) ne semble donner de résultat fiable que dans 50% du cas. Le test Western Blot, plus efficace (plus de 80%) n’est pas délivré aisément car il faut que le test Elisa soit positif ! Ce qu’il n’est pas forcément, même en cas d’infection !

Le souci, c’est que beaucoup de médecins refusent de prescrire un Western Blot, même en cas d’Elisa négatif ! Or refuser ces tests à des populations à risque, comme les naturalistes ou les agriculteurs, c’est à peu près comme si on refusait des tests du sida à des gens avec pratiques à risque. Qu’on le refuse à un urbain, peut-être. Mais à un agriculteur ou naturaliste en permanence dans la nature, c’est incompréhensible !

Les poules sont réputées chasser les tiques, encore une bonne raison d'avoir des cocottes !

Les poules sont réputées chasser les tiques, encore une bonne raison d'avoir des cocottes !

Que faire pour s’en préserver ?

A l’échelle individuelle, on ne peut pas inverser les dérèglements environnementaux mondiaux (même si on peut tout faire pour ne pas y contribuer !). 

Si on a un jardin, la présence de poules, ces redoutables prédatrices, diminuera celle des tiques (mais aussi à peu près tout ce qui bouge : insectes, serpents, etc. !).

Quand on part en balade dans la nature, il faut être particulièrement vigilant aux zones forestières et aux hautes herbes.

Ne vous habillez pas avec des couleurs sombres ! Vous ne pourriez pas voir les tiques. Tandis que des vêtements de couleur claire vous permettront de les apercevoir cavaler sur vous. Couvrez-vous (pas de short, des chemises à manches longues, des grosses chaussures et surtout pas des sandales, remontez vos chaussettes sur votre pantalon ou portez des guêtres… certes ce n’est pas la classe mais bon, on s’en fout !).

Montée en puissance des tiques du fait du réchauffement climatique :  Lyme, un vrai problème pour les naturalistes et les agriculteurs

Ayez toujours un tire-tique sur vous (ça coûte 5 euros à la pharmacie ou chez le véto), dans votre sac, dans votre voiture.

Une fois rentré, allez hop, à poil et une bonne inspection pour voir si vous ne transportez pas un passager clandestin. Si c’est le cas, enlevez la tique avec le tire-tique, en prenant soin de ne pas arracher la tête. Tuez-la une fois enlevée (c’est coriace ces bestioles).

Et les semaines suivantes, surveillez bien si aucune tache rouge ou symptôme suspect n’apparait. Si c’est le cas, filez chez le médecin et insistez bien sur le fait que vous êtes en contact constant avec la nature…

Il ne s’agit pas d’être phobique des tiques, mais en prenant des mesures de précaution, on peut quand même considérablement limiter le risque de morsure. Autant le faire !

Et continuez à militer pour la préservation de l'environnement : les tiques ont leur place dans l'écosystème et, en soit, ne sont pas un problème. Rappelez-vous, quand vous étiez plus jeunes, combien elles étaient plus rares... Elles ne deviennent un souci qu'à cause des déséquilibres que nous, humains, générons. Il serait temps de comprendre que nous sommes les premiers à souffrir des destructions que nous infligeons à notre planète ! Dans un monde détruit, il ne restera plus de dauphins, d'hirondelles ou de pandas... mais il restera des tiques, ça c'est certain ! Alors quel monde voulons-nous ? La prochaine fois que quelqu'un vous dit que le réchauffement climatique c'est cool parce qu'on peut faire bronzette plus tôt au printemps, parlez-lui des tiques...

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